Tibéhirine : "C’était 'circulez, y a rien à voir'"

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Tibéhirine : "C’était 'circulez, y a rien à voir'"
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L’ancien juge anti-terroriste Alain Marsaud assure que les autorités françaises disposaient dès 1996 d’éléments pour faire éclater la vérité.

Nicolas Sarkozy a promis mardi de lever le secret-défense autour de l’affaire des moines de Tibéhirine assassinés en Algérie en 1996. "C’est la chose la plus importante à faire" pour connaître la vérité, estime l’ancien juge anti-terroriste Alain Marsaud. Mais celui-ci va plus loin et accuse aujourd’hui les dirigeants français de l’époque qu’ils jugent coupables de "lâcheté".

"Lorsque j’étais député, j’ai reçu à l’Assemblée nationale un homme se prétendant membre important des services de renseignements algériens qui venait faire des révélations selon lesquelles l’affaire des moines ne s’était pas passée comme on le croyait, c’est-à-dire qu’elle n’était pas simplement une opération du GIA", a raconté sur Europe 1 Alain Marsaud. Les informations qu’il avait alors recueillies laissaient penser à "quelque chose de beaucoup plus compliqué, sans doute organisé par les services étatiques algériens".

"J’ai proposé immédiatement au Garde des sceaux (Jacques Toubon, NDLR) d’ouvrir une information judiciaire afin que la justice française soit saisie. Je n’ai jamais eu de réponses (…) Mais j’ai eu l’occasion de rencontrer un certain nombre de responsables politiques qui m’ont fait comprendre qu’il n’était pas souhaitable qu’on insiste sur cette affaire", assure Alain Marsaud.

"En gros, c’était 'circulez il n’y a rien à voir'", explique l’ancien juge au micro d’Alain Acco pour Europe 1 :

Pourquoi la France aurait ainsi cherché à étouffer l’affaire des moines de Tibéhirine ? Alain Marsaud estime que la proximité des attentats en France attribués à des militants algériens a beaucoup compté. "On avait sans doute besoin des informations qu’étaient susceptibles de donner les services de renseignements algériens. En gros, la France était prise en otage par l’Algérie", assure Alain Marsaud. Avant de conclure : "Aujourd’hui tout le monde doit se mordre les doigts de ne pas avoir fait son travail".