Thieulin sur le numérique : le droit n'était "pas adapté à l'explosion des pratiques"

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Thieulin sur le numérique : le droit n'était "pas adapté à l'explosion des pratiques"
@ ERIC PIERMONT / AFP
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Le cybercitoyen va bénéficier d'une loi adaptée à son quotidien empli de smartphones et d'objets connectés. Benoît Thieulin, président du conseil national du numérique était l'invité de David Abiker pour en dicuter.

INTERVIEW

Dix ans sont passés sans aucune grande loi sur le numérique. "A l'époque, votre smartphone n'était pas smart du tout, il n'y avait pas de big data ni d'objets connectés, il n'y avait pas eu l'affaire Snowden", décrypte le "geek" Benoît Thieulin, président du conseil national du numérique et entrepreneur du web. Il était l'invité de David Abiker, samedi dans C'est arrivé cette semaine, afin de comprendre les enjeux de la loi pour une République numérique discutée cette semaine à l'Assemblée nationale. Une loi qui s'est aussi nourrie des propositions des internautes.

Concurrence des plate-formes. Le droit, qui ne s'était pas "adapté à l'explosion des pratiques et des usages", rattrape son retard. Cette loi ouvre de nouvelles possibilités comme la portabilité des données... Un gros mot ? "En réalité, tout le monde a fait l'expérience sur une plate-forme de mails ou de photos de la difficulté à récupérer ses données" en voulant passer d'une boîte mail à une autre par exemple". La loi prévoit de pouvoir télécharger les données et de les injecter ailleurs. "C'est un droit pour les usagers et c'est aussi une incitation à plus de concurrence entre les plate-formes. Elles ne seront plus captives des données."

Données publiques ouvertes. Autre possibilité offerte avec cette loi 2.0 : pouvoir faire et diffuser des photos de bâtiments publics. "Maintenant, si vous faites une belle photo du château de Versailles, vous pourrez nourrir des encyclopédies en ligne." Ce qui n'était pas autorisé auparavant. L'Etat laisse aussi les entrepreneurs accéder à diverses données publiques. "Il ne doit pas avoir le monopole de l'usage des données publiques, les plans des cadastres par exemple, puisque'elles appartiennent à tout le monde. Des tas de nouveaux types de services vont pouvoir être inventés avec des croisement de données", suppose le spécialiste.

Mutation de l'emploi. Sur le terrain de l'emploi, le numérique permet-il de créer des postes ? "C'est un débat universitaire sans fin. Le numérique va créer des développeurs, des designers, etc." En revanche, le solde ne va pas être nécessairement positif si on met en balance les emplois qui seront remplacés par de l'automatisation. Un point négatif relativisé par l'ensemble des emplois ou des activités économiques non qualifiés de numériques "mais qui n'existeraient pas sans internet : les chauffeurs Uber, les ventes sur e-Bay, etc." De là, pour le spécialiste à imaginer une génération dont l'emploi revêtira de multiples facettes (un peu salarié, un peu chef d'entreprise, multiactif..., il n'y a qu'un pas. "Savoir manier des jeux vidéo, savoir dessiner" sont des compétences d'avenir. Les parents ne doivent désormais plus les voir comme de simples activités ludiques.