Températures : les skieurs doivent-ils s'inquiéter ?

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Températures : les skieurs doivent-ils s'inquiéter ?
Une piste de ski à l'Alpe d'Huez, le 16 décembre 2015@ AFP
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Le mois de décembre est particulièrement chaud et les stations ouvrent au compte-goutte. Cela va-t-il durer ? 

Avec en moyenne 2 à 3 degrés au-dessus des normales saisonnières, le mois de décembre 2015 pourrait être le plus chaud des mois de décembre jamais enregistré. Premiers concernés dans l'Hexagone : les stations de skis et leurs clients. Combien de temps cela va-t-il durer ? Décryptage.

Des épaisseurs "faibles ou nulles" en dessous de 1.500 m. L'enneigement naturel est en effet "faible" à "extrêmement faible" pour la saison, selon Météo France. Et cela devrait stagner au moins jusqu'à à la fin des vacances de Noël, y compris la deuxième semaine, selon le prévisionniste, contacté par Europe 1. Sur l'emblématique station de l'Alpes d'Huez, mi-décembre, seule une trentaine de pistes (sur 130) étaient skiables. La situation est similaire dans le reste des Alpes et le déficit de neige atteint même 80% dans les Alpes du Sud, où plusieurs stations ont dû reporter l'ouverture de leurs pistes. Même les canons à neige, dont l'usage nécessite une température en dessous des trois degrés, peinent à rattraper le retard. "Heureusement, il y a eu une courte période de froid fin novembre. Cela a permis à certaines stations d'activer" leur canon, précise-t-on chez Météo France.

"Sur tous les massifs, l'enneigement naturel est déficitaire pour une mi-décembre, avec des épaisseurs faibles ou nulles en dessous de 1.500 m ou 1.800 m dans les Alpes du Nord et les Pyrénées, 2500 m à 2800 m dans les Alpes du Sud", détaille encore Météo France. Et pour les clients qui ont réservé à l'avance, c'est l'inverse de la douche froide. "Il y a de l'herbe, il fait chaud, on dirait qu'on est en été", décrit ainsi une jeune fille interrogée par Europe 1, à La Foux d'Allos, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

"Ça peut changer assez vite". Selon l'Observatoire des stations de montagne, les réservations pour les stations sont d'ailleurs déjà en baisse de 15%. Les taux d'occupation prévisionnels fluctuent ainsi de 44 à 52% pour la semaine de Noël et de 63 à 81% pour celle du Nouvel An, contre 70% l'an dernier sur la même période. Mais la douceur des températures n'est pas seule en cause. "Il y a un phénomène de morosité globale dans le tourisme depuis les attentats du 13 novembre", remarque Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France (DSF), contacté par l'AFP.

Pour l'heure, les professionnels ne semblent toutefois pas inquiets outre mesure. Selon une étude Novamétrie publiée jeudi dernier, en Rhône-Alpes, les professionnels du tourisme sont 66% à se dire optimistes pour la saison hivernale. Même s'ils sont 64% a jugé "mauvais" le niveau des réservations étrangères, signe que le terrorisme fait davantage peur que les températures. Il n'est d'ailleurs pas exclu que celles-ci redescendent en flèche avant février, date à laquelle les stations font le plein. "Ça peut changer assez vite à cette période de l'année, ça ne préjuge pas du reste de l'hiver", relativise ainsi Cécile Coléou, ingénieure chez Météo France, citée par l'AFP. Le "niveau de réservation est encourageant pour l'ensemble de la saison", assure d'ailleurs Laurent Reynaud, le délégué général de DSF.

La limite pluie/neige prend de l'altitude. Si le mois de décembre 2015 semble particulièrement doux, il s'inscrit dans un phénomène de long terme. Selon l'Observatoire régional des effets du changement climatique, les Alpes ont connu un abaissement de 30% des quantités de neige sur 30 ans et gagné 1,6 degré depuis 1960. "La limite pluie/neige pourrait remonter de 450 à 600 mètres dans les prochaines décennies et la nature des avalanches changer", analyse Thierry Lebel, directeur du Laboratoire d'étude des Tranferts en Hydrologie et Environnement de Grenoble. En France, selon les calculs du Réseau d'éducation à la montagne alpine (Educ'Alpes), la saison pourrait être amputée d'encore un mois dès 2040 et de deux mois et demi en 2080. Selon Météo France, dans certaines stations, on a même déjà perdu six semaines depuis les années 60.