"Swatting" : prison ferme pour de jeunes hackers après un dangereux canular

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"Swatting" : prison ferme pour de jeunes hackers après un dangereux canular
Le joueur, surnommé "Bibix", s'était vu interpellé et menotté sous les yeux de ses abonnés. Capture d'écran.@ AFP
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Un jeune homme de 22 ans et deux de ses complices ont été condamnés pour avoir fait débarquer la police chez un joueur de jeu vidéo, qui s'était fait menotter en direct sur Internet.

La police avait débarqué chez un as du jeu vidéo, menotté en direct devant des milliers d'internautes : pour ce mauvais canular, un jeune homme de 22 ans a été condamné à deux ans de prison ferme, jeudi à Créteil, a-t-on appris vendredi de source judiciaire. 

Le principal prévenu déjà condamné pour vols aggravés. Deux de ses complices, âgés de 19 et 25 ans, ont écopé respectivement de 18 mois de prison ferme et six mois de sursis, a ajouté cette source, confirmant une information du Parisien. Le premier était accusé d'avoir mis en ligne la vidéo de l'interpellation, le second de l'avoir annoncée sur Facebook avant même l'arrivée de la police. Le principal prévenu, déjà condamné à de la prison ferme pour des vols aggravés, était poursuivi pour avoir créé un compte Violvocal, le site de canulars téléphoniques poussés à l'extrême créé par le hacker français Ulcan, en fuite en Israël.

Le joueur "Bibix" victime d'une mauvaise blague. Le 10 février 2015, le commissariat de Charenton-le-Pont reçoit l'appel d'un individu "s'accusant d'avoir poignardé sa compagne après une dispute", selon la source judiciaire. Lorsqu'ils interviennent à son domicile, les policiers tombent en fait sur un homme en train de jouer en ligne sur son ordinateur. Le joueur, surnommé "Bibix" et très connu dans la communauté des jeux en ligne, est alors interpellé et menotté sous les yeux de ses milliers d'abonnés sur la plateforme de streaming de jeux vidéo Twitch. Les policiers comprendront ensuite avoir été les victimes, tout comme "Bibix", d'une mauvaise blague. La compagne du joueur, "particulièrement traumatisée" par cette descente policière, s'était même vu prescrire sept jours d'interruption totale de travail (ITT), a précisé la source judiciaire.

Huit mois d'enquête. L'enquête, confiée à la sûreté territoriale du Val-de-Marne, avait permis l'interpellation des trois mauvais plaisantins huit mois après les faits, en octobre 2015, "après de longues investigations techniques et informatiques", selon la source judiciaire. Ces canulars, qualifiés de "swatting", du nom de l'unité d'intervention de la police américaine "SWAT", consistent à usurper le numéro de téléphone d'une cible et à convaincre les policiers d'intervenir chez elle au prétexte qu'elle aurait commis un crime. Né il y a quelques années aux Etats-Unis, le "swatting" a récemment fait son apparition en France.

"A ma connaissance, c'est la première fois qu'un cas de swatting est jugé en France et débouche sur de la prison ferme", a affirmé Romain Darrière, avocat de la partie civile, spécialisé dans les cas de cyberharcèlements et de cybercriminalité. "Il est souvent compliqué d'élucider ce type d'affaires car on est face à des génies de l'informatique, souvent basés à l'étranger, comme Ulcan", a souligné de son côté la source judiciaire.