Suicide de Didier Degrand : "il se battait constamment, il avait son entreprise à cœur"

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Alors que Didier Degrand, président de la marque de lingerie Indiscrète (ex-Aubade) s'est donné la mort jeudi soir, ceux qui l'ont connu rendent hommage à son combat pour le made in France.

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"Lui voulait vraiment prouver que fabriquer en France était une possibilité." Gérard Herbert, le maire de la commune de Chauvigny, dans la Vienne, où était implantée la marque de lingerie Indiscrète, a rendu hommage samedi sur Europe 1 à Didier Degrand. Le président de l'entreprise, qui l'avait lancée après la délocalisation à l'étranger de son précédent employeur, Aubade, s'est suicidé jeudi soir. Indiscrète, qui employait des personnes licenciées en 2010 par Aubade, connaissait en effet de grandes difficultés financières.

"Montrer leur savoir-faire". "C'était tout à leur honneur, à lui et ses collègues, de montrer leur savoir-faire", poursuit Gérard Herbert. Didier Degrand "se battait constamment, je crois même qu'il avait eu des contacts avec des clients chinois. On sentait vraiment qu'il avait cette entreprise à cœur." Il y a encore un mois, le président d'Indiscrète conservait l'espoir de sauver son entreprise. Il n'avait alors besoin que d'un seul investisseur pour sauvegarder les emplois de 21 personnes à l'usine et de 110 vendeuses à domicile. Mais en juillet, c'est le coup de massue : l'investisseur leur fait faux bond.

"C'était leur bébé, ils étaient très fiers". "La vente a été annulée peu de temps avant la signature, derrière il y a eu un dépôt de liquidation", raconte Béatrice Mongella, associée de Didier Degrand, au micro d'Europe 1. "Quand vous créez un bébé, vous n'avez pas envie que ce bébé meure et vous trouvez tous les moyens possibles pour sauver ces emplois. On sort tous de chez Aubade où on a été licenciés en 2010 et reproduire ce qu'on a pu subir, c'est surtout pas ce qu'on veut faire." "C'était leur bébé, ils étaient vraiment très fiers de montrer le savoir-faire français", abonde Gérard Herbert. 

La peur "de ne pas y arriver". Jeudi soir, Didier Degrand s'est suicidé dans l'usine, fermée pendant les vacances, après trois semaines de galère. Dans une lettre d'adieu, à l'attention de son épouse, il parle d'une pression devenue insupportable. "Je ne sais pas si c'était une peur de ne pas y arriver", glisse Béatrice Mongella. Mais la crainte de revivre les licenciements de 2010 "peut expliquer aujourd'hui" le geste du président d'Indiscrète, selon elle. Pour Gérard Herbert, Didier Degrand, "était très sensible, s'est beaucoup dépensé pour cette entreprise, et s'est trouvé dans une impasse qu'il n'a certainement pu remonter". L'activité de l'entreprise doit en principe reprendre lundi.