Suicide à Saint-Cyr : la famille d'un ancien élève porte plainte contre l'armée

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Suicide à Saint-Cyr : la famille d'un ancien élève porte plainte contre l'armée
L'ancien élève-officier s'était suicidé lors d'un camp d'entraînement militaire (photo d'illustration). @ AFP
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Les parents de Michaël Lavocat dénoncent des failles dans l'enquête sur les circonstances du suicide de leur fils, retrouvé mort lors d'un camp d'entraînement militaire en 2016.

Les investigations sur le décès de Michaël Lavocat, retrouvé mort dans les toilettes du camp militaire de la Courtine, dans la Creuse, en février 2016, ont-elles été bâclées ? Oui, pour la famille de cet élève de Saint-Cyr, dont la mère vient de porter plainte contre huit fonctionnaires de l'armée pour "entrave à la saisine de la justice", révèle Le Parisien, lundi. Plus d'un an après les conclusions de l'enquête préliminaire et d'une enquête de commandement demandée par le ministre de la Défense, toutes deux classées en suicide simple, les proches du jeune homme soulignent plusieurs éléments troublants dans ce dossier.

Un suicide "réfléchi et prémédité" pour la justice. "Il y a absence d'infraction pénale", expliquait en mai 2016 Sébastien Farges, procureur de la République de Guéret, estimant que les parents de l'élève-officier se refusaient à "admettre les éléments incontestables de ce dossier". À l'époque, l'enquête avait conclu à un suicide "réfléchi et prémédité bien en amont", selon le Parisien. Le jeune homme avait notamment recherché sur internet "les doses mortelles de certains médicaments" et subtilisé, treize jours avant sa mort, une cartouche de 5,56mm lors d'une séance de tir.

"L'enquête a été menée au même niveau qu'une enquête criminelle, avec les interrogatoires de plus de 60 personnes, l'étude de l'intégralité des conversations téléphoniques, des enquêtes balistiques ainsi que des recherches ADN et de poudre", précisait encore Sébastien Farges au moment de la clôture des investigations. Or c'est précisément la précision et le sérieux de cette enquête que dénonce aujourd'hui la famille du jeune homme.

Des coups de fil le matin du drame. Selon Le Parisien, les gendarmes auraient tout d'abord omis de s'intéresser à deux coups de fil, passés par des compagnons de section à Michaël Lavocat une heure avant sa mort. Entendu par les enquêteurs, l'auteur de l'un des appels aurait choisi de le passer sous silence, et n'aurait jamais été réentendu. Le deuxième n'aurait, lui, jamais été convoqué pour s'expliquer. L'examen des relevés téléphoniques de l'élève-officier a pourtant révélé que les deux hommes n'étaient pas des proches de leur camarade : dans les quatre mois précédant sa mort, ils ne s'étaient jamais appelés.

Deuxième élément troublant : trois jours avant son suicide, Michaël Lavocat avait annoncé à sa hiérarchie et aux autres élèves la mort de son père… pourtant bien vivant. "C'est aberrant", estime ce dernier, lui-même retraité de l'armée, interrogé par Le Parisien. "Quand vous avez un décès dans la famille d'un de vos hommes, le minimum, c'est de vérifier si c'est vrai. Il y a un protocole à respecter (...). Le médecin vient rendre visite à la personne (..), l'assistance sociale est également prévenue. Là, rien de tout cela n'a été fait. Pourquoi ? Pour moi, c'est un scénario monté de toutes pièces." Daniel Lavocat, qui ne croit pas à un suicide, avance même une autre hypothèse : "Pour moi, mon fils a vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir ou a fait quelque chose qu'il n'aurait pas dû faire."

"Modification d'état des lieux d'un crime". Pour étayer cette piste, la famille, qui a également porté plainte pour "modification d'état des lieux d'un crime ou d'un délit", souligne que le lieu de la mort de leur fils a été nettoyé quelques heures après le drame, perturbant, selon eux, le bon déroulé de l'enquête. Des morceaux de balle retrouvés sur place auraient ainsi été "jetés aux ordures". Et lorsque les gendarmes sont venus saisir la dalle du plafond des toilettes, un mois après le décès de Michaël Lavocat, celle-ci avait été remplacée et envoyée à la décharge.