Soupçonné d'empoisonnements, l'anesthésiste de Besançon se défend

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Soupçonné d'empoisonnements, l'anesthésiste de Besançon se défend
Le suspect a été laissé en liberté contre une caution de 100.000 euros. @ AFP
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Mis en examen pour "empoisonnement avec préméditation", Frédéric Péchier martèle qu'il est innocent. La justice a décidé de le laisser en liberté sous contrôle judiciaire, mercredi.  

"C'est un moment terrible pour moi. Je suis innocent de toutes les accusations à mon encontre." Entendu par les juges de la chambre de l'instruction de Besançon, Frédéric Péchier s'est montré tendu, mercredi. Visage, fermé, vêtu de noir, l'anesthésiste jouait gros : mis en examen début mars pour "empoisonnements avec préméditation", il aurait pu ne pas ressortir libre de son audition.

>>> Retrouvez le témoignage d'une victime interrogée par Europe 1 

Des doses létales de potassium et d'anesthésiste. Praticien réputé et apprécié du milieu médical bisontin, Frédéric Péchier est suspecté par les enquêteurs d'avoir, de manière volontaire et préméditée, empoisonné au moins sept patients, âgés de 37 à 53 ans, entre 2008 et 2017, dans deux cliniques privées de Besançon. Selon l'enquête, des "doses létales de potassium et d'anesthésique" ont été volontairement administrées à quatre patients de la clinique Saint-Vincent - dont deux sont morts - et à trois patients de la polyclinique de Franche-Comté, lors d'opérations sans difficulté particulière. Sans être en charge de ces patients, le suspect avait parfois été appelé pour les réanimer. Les enquêteurs travaillent encore sur des dizaines de cas suspects, qui pourraient être ajoutés au dossier, selon les informations d'Europe 1. 

Après sa mise en examen, l'homme avait été laissé libre sous contrôle judiciaire. Mais le parquet avait fait appel de cette décision, estimant que son incarcération était nécessaire pour "permettre à l'enquête de se poursuivre sans pression et avec sérénité". "Il y a un trouble à l'ordre public important, le médecin est mis en examen pour "des faits très graves, il faut éviter le renouvellement de ces infractions", avait indiqué la procureur de Besançon, Edwige Roux-Morizot.

Un empoisonnement sur clé USB. Mi-mars, entre deux audiences, l'anesthésiste s'est exprimé pour la première fois, dans les colonnes de l'Est Républicain. Une interview fleuve, dans laquelle il affirme notamment qu'il n'était pas présent sur les lieux des deux derniers empoisonnements présumés au moment des faits. "Mon boulot, c'est d'endormir, de réveiller les gens, de les laisser en sécurité. Pourquoi je ferais un truc pareil ?", interroge-t-il. "Sous prétexte de l'adrénaline, comme si on n'en avait pas assez, je m'amuserais à injecter des produits toxiques à des personnes pour aller ensuite les réanimer ? C'est complètement aberrant."

Mercredi, l'anesthésiste n'a plus soufflé que quelques mots face aux juges : "J'ai foi en la justice et j'espère que l'affaire va vite avancer et qu'elle aboutira rapidement." Son avocat s'est fait le relais "de vraies faiblesses en termes de charges", poussant sa stratégie de défense à l'extrême, rapporte l'Est Républicain. Sur une vidéo, transmise aux juges sur clé USB, il s'est notamment prêté lui-même au jeu de l'empoisonnement de poches de perfusion, preuve, selon lui, que ce geste peut être réalisé par n'importe qui.

Des collègues "malveillants". Sept empoisonnements ? Non, deux, a poursuivi Me Randall Schwerdorffer, pour qui les faits qui n'ont pas causé de décès sont contestables. Au sein du milieu médical bisontin, un autre médecin, un infirmier ou toute autre personne passant à l'hôpital aurait, selon lui, pu commettre les deux crimes avérés. "S'il y a eu empoisonnement, c'est quelqu'un d'autre." Trois collègues du suspect, objet de "jalousie", sont pointés du doigt par le conseil, accusés d'avoir "influencé les enquêteurs" et fait preuve de "malveillance".

Suffisant pour que le doute subsiste aux yeux des juges : tant que les investigations se poursuivent, Frédéric Péchier reste en liberté, avec interdiction d'exercer et moyennant une caution de 100.000 euros - 40.000 de plus qu'en première instance. Une décision "juste" et respectueuse de la "présomption d'innocence", selon Me Schwerdorffer. "Les victimes ne souhaitent pas qu'on prenne le risque de mettre en détention provisoire quelqu'un qui potentiellement est innocent", a abondé Me Frédéric Berna, avocat de plusieurs patients, mercredi. "Nous, on cherche juste la vérité".