Sébastien Pietrasanta : "Lutter contre la radicalisation sans parler de religion, c'est faire la moitié du chemin"

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Ancien rapporteur d'une commission d'enquête de lutte contre le terrorisme, l'ancien député PS salue un plan ambitieux contre la radicalisation, mais avec quelques lacunes.

INTERVIEW

Un plan de lutte contre la radicalisation en 60 mesures a été présenté vendredi par le Premier ministre Edouard Philippe. Pour analyser ce plan présenté comme inédit dans son ampleur, Sébastien Pietrasanta, ancien député PS et rapporteur en 2015 de la commission d'enquête sur les moyens mis en œuvre par l'État pour lutter contre le terrorisme, était l'invité samedi de l'émission C'est arrivé cette semaine en direct depuis le Salon de l'agriculture. 

"Des centres sous la main de la justice". Certes, l'ancien député reconnaît "un rapport qui se veut ambitieux", mais il tient à revenir sur le travail effectué avant la présidence Macron. Le nouveau plan s'inscrit, selon lui, dans la continuité des plans d'avril 2014 et de 2016 "en tirant les leçons des échecs, des insuffisances et qui donne un peu plus d'ambition. C'est un plan relativement global même s'il peut y avoir des points d'amélioration."

Du côté des échecs précédents, il évoque "la prise en charge en milieu carcéral des détenus radicalisés. On a tâtonné et on tâtonne encore un peu." Le centre dit de déradicalisation de Pontourny avait ainsi été un échec. "Ce qui est important à retenir, c'est que l'on va évaluer ces détenus radicalisés pour pouvoir les prendre en charge, soit de manière commune, soit en les isolant.(...) Là, apparemment, les choses sont prises en compte et on va créer des centres sous la main de la justice. Le juge pourra décider d'un placement en détention pour les individus les plus dangereux ou un centre de déradicalisation pour ceux qu'on espère pouvoir remettre sur le droit chemin."

Entendu sur Europe 1
Il faut développer ce contre-discours religieux de manière plus décalée et incisive. On a eu trop tendance par le passé à se dire qu'on ne devait pas rentrer sur le champ religieux.

"Agir tous azimuts". Un autre volet du plan présente une dimension éducative et culturelle avec des mesures qui visent les écoles placées sous contrat, certaines associations sportives, la fonction publique et les réseaux sociaux, entre autres. "C'est important de pouvoir agir tous azimuts sur du court terme mais aussi sur du moyen et long terme. Le mal est bien enraciné dans notre société, et c'est important de pouvoir le prendre en charge à tous les niveaux, que ce soit pour de la prévention primaire ou pour des gens déjà inscrits dans une radicalisation profonde."

Par exemple, en ce qui concerne l'éducation, l'ex-député apprécie le fait que "des personnes seront dédiées dans chaque académie (...) pour vérifier le contenu pédagogique, les locaux, si l'éducation donnée est favorable à notre République, à nos valeurs."

"Montée du communautarisme". Ce qui marche, résume Sébastien Pietrasanta, c'est "une approche individuelle et pluridisciplinaire. Individuelle parce qu'on ne traite pas de la même manière une gamine de 15-16 ans embrigadée sur internet qu'un combattant qui revient de Syrie ou d'Irak. Pluridisciplinaire parce qu'il y a plusieurs ressorts à la radicalisation : des aspects psychologiques, médicaux et socio-économiques. Et il ne faut pas avoir de tabou sur la prise en charge religieuse. Il faut développer ce contre-discours religieux de manière plus décalée et incisive. On a eu trop tendance par le passé à se dire qu'on ne devait pas rentrer sur le champ religieux. Mais lutter contre la radicalisation sans parler de religion, c'est faire la moitié du chemin. (...) On a les sentiment que la République, que nos valeurs, la laïcité, reculent et on a une montée du communautarisme. La radicalisation et le terrorisme se nourrissent de ce communautarisme. Un des manques du plan est justement ce qui est de la politique de la ville dans nos quartiers", conclut-il.