Scandale Lactalis : que faire quand on est parent ?

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Scandale Lactalis : que faire quand on est parent ?
Au 9 janvier, Santé publique France a recensé 35 nourrissons atteints de salmonellose@ FRED DUFOUR / AFP
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Alors que le scandale des laits infantiles Lactalis vire à la catastrophe industrielle, certains parents continuent de s'inquiéter. Mais attention à ne pas faire n'importe quoi, préviennent les pédiatres. 

Dans son cabinet de Villeneuve-lès-Avignon, Andreas Werner reçoit des parents "un peu plus inquiets que d'habitude". Suite aux problèmes liés depuis un mois à la découverte de salmonelles dans des laits infantiles de la marque Lactalis, le pédiatre situé dans le Gard essaye de rassurer ces pères et mères de plus en plus méfiants, et parfois même un peu perdus... Qu'ils soient concernés ou non par les lots contaminés. Comment éviter toute contamination, faut-il changer de lait par précaution ? Le spécialiste distille ses conseils.

Par quoi remplacer les laits infantiles retirés du marché ?

Au total, 1.345 références ont été retirées des rayons – ou auraient dû l'être - depuis début décembre. Et 35 nourrissons ont été atteints de salmonellose en France depuis la mi-août, dont 18 ont été hospitalisés, selon le dernier recensement de l'autorité de surveillance Santé publique France. Face à cette épidémie, certains parents apeurés refusent désormais tout autre lait infantile, préférant opter pour des laits animaux non adaptés ou des "laits végétaux" à base de châtaigne, d’amande, de coco, ou encore de riz. Erreur, alerte le Dr Werner : "Il faut à tout prix éviter les laits végétaux, qui sont en réalité des jus végétaux. Ils sont totalement déconseillés pour les nourrissons".

Différentes publications ont déjà attiré l’attention sur les risques de dénutrition encourus avec ce type d’alimentation. En Belgique, en juin 2017, des parents ont même été reconnus responsables de la mort de leur bébé de 7 mois, alimenté avec un jus végétal. "Ces produits ne doivent pas être utilisés, même à titre partiel, chez l’enfant de moins d'un an car ils sont responsables de dénutritions sévères", avertit aussi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses).

Si on change un lait, cela doit se baser sur des arguments cliniques

Des produits à ne pas confondre toutefois avec les préparations à base de riz ou de soja, vendues en pharmacie, et destinées notamment à des enfants présentant certaines pathologies telles qu'une allergie aux protéines de lait de vache ou une intolérance au lactose par exemple. Celles-ci sont en effet conformes à la réglementation française et européenne et conviennent donc aux nourrissons.

Plus globalement, la Société française de pédiatrie a publié une liste, disponible en ligne, des équivalences aux laits Lactalis retirés du marché. En remplacement de certains laits Picot et Milumel, tous deux fabriqués par Lactalis par exemple, des alternatives telles que des laits Guigoz, Physiolac, Babybio et Primea sont donc conseillées par les autorités compétentes. Plus de 300 produits différents existent et les sociétés comme Nestlé ou les laboratoires Gilbert assurent s'être préparés à une éventuelle hausse de leurs ventes suite au scandale Lactalis. Les risques de non-adaptation à ces laits de substitution sont mineurs, tout comme les complications qui peuvent advenir, à savoir une légère constipation ou un changement de couleur des selles.

Enfin, il est utile de rappeler que tous les laits Lactalis ne sont pas concernés par le retrait. Certains peuvent ainsi continuer à être utilisés. Un numéro vert, le 0 800 120 120, a été mis en place pour répondre aux interrogations des parents concernés.

Faut-il toujours changer de lait en cas de complication ?

"Les parents ont tendance à changer de lait dès que leurs enfants font des coliques. Mais la réponse médicamenteuse ou alimentaire n'apporte rien", assure Andreas Werner, membre de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa). "Si on change un lait, cela doit se baser sur des arguments cliniques", insiste-t-il auprès d'Europe1.fr.

Le lait idéal ne se trouve pas dans les rayons des supermarchés

Comprenez : si votre bébé supporte bien un type de lait, il n'y a pas besoin d'en changer. Il est cependant possible de choisir une autre marque. Et le pédiatre de citer notamment le cas d'une mère qui a cessé de donner à son enfant du lait épaissi avec de l'amidon pour du lait épaissi avec de la caroube, un fruit originaire des zones méditerranéennes. Un changement contre-productif, note le spécialiste.

Pour toute information, le site www.laits.fr, réalisé avec l'Afpa, fournit un grand nombre de conseils et de renseignements sur les laits infantiles, notamment sur leur composition.

Quelques conseils à suivre dans tous les cas

Quoi qu'il en soit, l’allaitement maternel reste la référence pour l’alimentation des jeunes enfants, de façon exclusive jusqu’à 6 mois selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et au-delà en complément d’une alimentation diversifiée. "Le lait idéal ne se trouve pas dans les rayons des supermarchés", abonde le Dr Werner. Pour celles qui ne peuvent ou ne veulent pas allaiter, quelques conseils peuvent toutefois s'avérer utiles pour éviter toute contamination du lait. Car "il faut être conscient que le lait en poudre n'est jamais un produit stérile. Il y a toujours des germes en petite quantité", explique le pédiatre.

"L'idéal, c'est de ne pas laisser le mesureur dans la boîte avec le lait en poudre. Et une fois celle-ci ouverte, de la mettre au réfrigérateur. De même, on ne garde pas un biberon de lait préparé, même le soir pour la nuit. D'autant qu'en solution liquide, la salmonelle pousse à vitesse grand V", rappelle Andreas Werner. Mais le médecin se veut rassurant : rien ne sert de céder à la psychose, assure-t-il.

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