Salmonelle : Lactalis savait, selon le "Canard Enchaîné"

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Selon l'hebdomadaire satirique, une enquête interne avait conclu à la présence de salmonelles dans l'usine de Craon dès août dernier.

Selon Le Canard Enchaîné paru mercredi, Lactalis savait depuis août dernier que son usine de Craon dans la Mayenne était infectée par des salmonelles, suite à une inspection. Mais le groupe laitier avait alors décidé de ne pas rendre publique cette information.

Un rapport non publié. Selon un rapport d'enquête établi en août dernier, il y avait bien des bactéries de salmonelle dans cette usine où du lait infantile est fabriqué. Mais, n'étant pas obligé de publier ce rapport, Lactalis avait décidé de le garder confidentiel. 

Une inspection du ministère fait chou blanc. En septembre cependant, une autre enquête a été menée, externe celle-là, de la part des services sanitaires rattachés au ministère de l'Agriculture. Mais les inspecteurs ne trouvent aucune trace de salmonelle. Selon un autre rapport interne établi en octobre pourtant, la salmonelle est de nouveau détectée sur le site. Il faut attendre décembre pour que les services de l'Etat trouve enfin la bactérie après de nouvelles analyses, suite à la contamination anormale en France de nourrissons par des salmonelles. Dans le même temps, le groupe laitier a rappelé, par précaution, tous le lait fabriqué depuis février dernier. Dans ce dossier, plusieurs mois ont donc été perdus pendant que le lait infantile de Lactalis continuait à être vendu dans plusieurs pays européens.

Plus aucune fabrication. Par ailleurs, Le Canard enchaîné affirme, toujours dans son édition de mercredi, que Lactalis continuait à fabriquer des produits, notamment des céréales dans l'usine de Craon. "Tout ce qui est fabriqué dans l'usine de Craon est arrêté depuis le 8 décembre", a indiqué une porte-parole de Lactalis, en réaction à cette information.

Un témoignage en défaveur de Lactalis. Le 12 décembre dernier, Europe 1 avait recueilli le témoignage d'un ancien producteur de lait pour Lactalis qui se disait certain que Lactalis savait depuis longtemps. "Ça me met hors de moi. Il ne faut pas me faire croire qu'il n'y a pas eu d'analyses de faites depuis des mois et des mois. Je pense qu'ils savaient pertinemment que les souches de salmonelle présentes n'étaient pas mortelles. Donc ils ont laissé filé. S'il n'y avait pas eu ces cas décelés de bébés malades, je pense qu'on ne l'aurait jamais su, cette contamination serait restée cachée", avait-il confié au micro d'Europe 1.

Le ministère de l'Agriculture répond

Aucune anomalie n'avait été décelée en septembre dans l'usine Lactalis de Craon lors d'un contrôle sanitaire partiel qui portait sur un seul atelier de l'usine, a affirmé mercredi une responsable du service Alimentation au ministère de l'Agriculture. "L'inspection, comme l'ensemble des activités d'inspection de ce type, portait sur un seul domaine d'activité de l'usine : en l'occurrence, un nouvel atelier de mélange à sec de céréales" a affirmé la responsable, en réponse à l'article du Canard Enchaîné. Le contrôle a donné lieu à un rapport d'inspection adressé à la direction de Lactalis, "qui n'a relevé aucune non conformité" dans l'atelier en question, a indiqué la même source.

Questions en suspens. La responsable du ministère de l'Agriculture a par ailleurs noté que d'autres contrôles, ayant repéré des salmonelles sur du matériel de nettoyage et sur les carrelages mais pas sur l'appareil de production et qui dataient du mois d’août et de novembre, "relevaient vraisemblablement d'auto-contrôles menés par l'entreprise elle-même". Le ministère de l'Agriculture "n'a pas eu connaissance" de ces résultats, a ajouté la responsable. "Dans ce cas, il y a une obligation de notification de résultat aux autorités de l'Etat dès lors qu'une non-conformité a été décelée sur un produit mis sur le marché", a précisé la responsable.

La question qui reste en suspens désormais est donc de savoir si les services de la DDCSPP de la Mayenne avaient été informés des résultats des auto-contrôles. "Je n'ai pas cette information (...) C'est l'enquête judiciaire qui le déterminera", a dit la responsable du ministère. "Ce qui nous préoccupe, c'est qu'il n'y ait pas de mise sur le marché de produits dangereux", a-t-elle ajouté. "S'il y a eu dissimulation, fraude ou tromperie, la justice le déterminera, et là ce serait inacceptable et condamnable, mais à ce stade, on ne peut rien dire" a-t-elle ajouté.