Dix ans après les émeutes, retour à Clichy-sous-Bois

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Dix ans après les émeutes, retour à Clichy-sous-Bois
@ AFP
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Alors que s’ouvre le procès des deux policiers poursuivis après la mort de Zyed et Bouna, qui avait provoqué les émeutes de 2005, Europe 1 est retourné à Clichy-sous-Bois.

Il y a dix ans, Clichy était sous le feu des projecteurs. Clichy brûlait littéralement aussi. La mort de Zyed et Bouna, dans un transformateur EDF où ils s'étaient réfugiés après une course-poursuite avec la police, provoquait trois semaines d'émeutes en France. Et marquait à jamais cette commune déshéritée de Seine-Saint-Denis, où une plaque commémorative et une fresque murale rappellent le drame. Dix ans après les faits, deux policiers comparaissent à partir de lundi à Rennes pour "non-assistance à personne en danger". Mais au-delà du feuilleton judiciaire, le drame de Clichy-sous-Bois a surtout révélé une situation sociale désastreuse. Dix ans de politique de la ville plus tard, Europe 1 est allé faire un état des lieux de Clichy-sous-Bois. Reportage.

"Ici, on ne connaissait pas le duplex". Après des investissements financiers massifs dans les années qui ont suivi les émeutes, cette commune de 30.000 habitants peut se targuer d'être enfin une ville "normale". Le Clichy d'aujourd'hui est doté d'un commissariat flambant neuf, planté sur le rond point en face du McDonald, surplombant la cité du Chêne Pointu. Deux nouvelles écoles primaires ont été construites, le collège Louise Michel entièrement rénové, et la piscine municipale devrait voir le jour bientôt. Enfin, un Pôle emploi, bienvenu pour aider les 20% de chômeurs de la population locale à trouver du travail, a ouvert ses portes. Les bâtiments vétustes du Haut-Clichy ont laissé place à des logements tous neufs, avec digicode et jardinières fleuries.

Brahim, qui avait participé aux émeutes en 2005, n'en revient pas de ces transformations. "On aurait jamais imaginé des renois dans des duplex ! Ici, on ne connaissait pas le duplex, pour nous c'était un appartement à Paris, du chic français, pour les gens qui ont un peu de sous. Maintenant, il y a des familles, qui avant étaient dans ces bâtiments infestés de rats, sans chauffage, sans ascenseur, dans des tours de 17 étages, et qui vivent aujourd'hui dans ces duplex. Ça fait plaisir", s'enthousiasme-t-il au micro d'Europe 1.

"Il faut de la vraie mixité sociale". Mais pour Ben Youssef Bouzidi, président d’honneur du collectif AC le Feu, créé après les émeutes, ces mesures financières ne suffisent pas. "Un immeuble tout neuf c'est bien. Mais il ne fait pas non plus faire du déplacement de population, c'est-à-dire qu'il faut de la vraie mixité sociale", estime l'éducateur scolaire, qui se promène avec, sous le bras, toutes les brochures de toutes les initiatives qu'il a montées pour la ville. Pour lui, l'attribution de ces nouveaux logements a encore tendance à regrouper les différentes communautés.

C'est même de la "diversion" pour Farid Berrais. Le président du Clichy-sous-Bois Boxing club a vu passer 2.700 jeunes depuis 2003. Et il est très amer. "Les gens n'arrivent toujours pas à manger correctement, ils n'arriveront toujours pas payer leur loyer, ils sont toujours en train de se poser la question de savoir comment ils vont faire. On me demande de payer en sept fois pour une inscription de 160 euros l'année. Il y avait une fenêtre de tir, elle n'a pas été saisie", déplore le quadragénaire qui voudrait que les autorités s'attaquent aussi à l'éducation des jeunes clichois "qui ne pensent qu'à danser sur la tête et faire du rap". "On ne va pas se retrouver avec des centaines de Booba", assène-t-il.

Le problème du chômage toujours persistant. Car la seule chose qui n'a pas vraiment changé à Clichy-sous-Bois, c'est le sentiment d'injustice, toujours vivace. Au pied des tours de la cité du Chêne Pointu, la coiffeuse confirme : la population s’appauvrit. Elle avait quatre employées quand elle a acheté le salon en 2005, aujourd'hui elle n'a plus qu'une apprentie. Son commerce a perdu 70% de sa valeur et "plus aucun de [ses] clients" ne vient de Clichy, ils viennent tous des villes alentours". Malgré l'ouverture d'une antenne de Pôle emploi, le chômage reste le problème majeur à Clichy, reconnaît le maire socialiste de la ville.

Olivier Klein attend donc impatiemment l'arrivée du tramway pour relier la population aux bassins d'activité et l'arrivée du tramway devrait donc remédier à l'enclavement de la commune. A terme, il ne faudra plus 1h30 pour relier les 15 km qui séparent cette ville de Paris. Après bien des reports, les travaux viennent juste de commencer l’inauguration est prévue dans trois ans, en 2018.

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