Repenties du djihad : "Il y a moins de naïveté vis-à-vis des femmes"

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Depuis son départ de Syrie en 2015, Laura Passoni a décidé de mener une véritable lutte contre la radicalisation islamique, profitant d'une certaine clémence envers les femmes djihadistes qui n'est plus réellement de mise aujourd'hui.

INTERVIEW

Elle a fui Daech et sillonne maintenant les écoles belges pour raconter son expérience, son "cauchemar". En 2014, Laura Passoni, 24 ans, est partie en Syrie avec son conjoint et son enfant de 4 ans. Neuf mois plus tard, la jeune femme est revenue en Belgique. Depuis, elle s'est déradicalisée, phénomène pas toujours bien compris en France, souvent considéré comme suspect. Invitée de Hondelatte raconte, jeudi soir, cette repentie a raconté sa nouvelle vie au micro d'Europe 1, en compagnie de l'avocat Martin Pradel, qui défend une vingtaine de "revenants" en France.

"Quête de respectabilité". "Une histoire qui ressemble pour beaucoup d'autres", d'après Me Pradel. Il y a d'abord le départ et ses raisons parfois obscures. Laura Passoni était "naïve" et "manipulable", selon ses mots, lorsqu'elle a rejoint la Syrie. Et ces failles psychologiques créent la radicalisation. "Elle subit une déception, elle a l'impression d'être incomprise, un peu abandonnée. Dans tout cela, il y a une quête de respectabilité. Ce que va faire ce recruteur, c'est panser une blessure narcissique", explique l'avocat.

Entendu sur Europe 1
Il y avait plusieurs preuves qui montraient que je regrettais mon choix et que je voulais vraiment rentrer

Depuis, Laura Passoni a déchanté, au point de revenir avec sa famille au début de l'année 2015. Elle a ensuite écrit deux livres dont le dernier, Comment réagir face à une personne radicalisée ?, vient de paraître aux éditions La boîte à Pandore. "J'ai vraiment les pieds sur terre, je suis loin de tout ça", dit-elle aujourd'hui, se disant même "ouverte à d'autres religions".

Une enquête de plusieurs mois pour s'assurer de sa déradicalisation. Malgré tout, il y a toujours ce soupçon de la société sur ces repentis, accusés d'être revenus pour préparer en secret un attentat ou un nouveau départ vers le Levant. Laura Passoni a-t-elle ou non tourné la page du djihad ? "Le juge qui m'a condamnée (elle a été condamnée à trois mois de prison, NDLR) s'est rendu compte que je voulais me réintégrer dans la société. Il y avait plusieurs preuves qui montraient que je regrettais mon choix et que je voulais vraiment rentrer. Et une enquête de plusieurs mois a été menée pour juger de ma crédibilité, et voir si je n'avais pas d'autres idées en tête", explique-t-elle, comme pour se défendre.

Entendu sur Europe 1
Les magistrats ont à cœur de faire du cas par cas, de sortir des clichés

S'agit-il d'une clémence particulière ? "Ce n'est pas particulièrement exceptionnel. Les magistrats ont à cœur de faire du cas par cas, de sortir des clichés", se réjouit Me Martin Pradel. Parmi les idées reçues, celle qui veut que les femmes seraient moins dangereuses a duré. "Les femmes, très longtemps, ont bénéficié d'une certaine clémence. On postulait qu'un homme était absolument dangereux, et qu'une femme ne l'était pas. Mais il y a eu un virement de bord total à partir de l'affaire des bonbonnes de gaz retrouvées près de Notre-Dame. Il y a maintenant moins de naïveté vis-à-vis des femmes", relate Martin Pradel. Depuis, la question des femmes et du djihad est beaucoup plus étudiée et médiatisée.

L'épineuse question des futurs retours. La question se pose de savoir si celles et ceux qui reviennent aujourd'hui suivront la voie de Laura Passoni. Les perspectives ne sont pas forcément réjouissantes, estime l'avocat : "En France, il y a une dizaine de juges antiterroristes pour combien de cas et pour quels troubles à l'ordre public ? La France depuis 2012 subit la situation. Il n'y a pas d'anticipations." Alors que 2.000 djihadistes pourraient revenir en France, en plein déclin de l'État islamique, une plus faible attention de la justice laisse planer la menace de retours moins surveillés.