Le long combat de Marin, passé à tabac pour avoir défendu un couple qui s'embrassait

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Le long combat de Marin, passé à tabac pour avoir défendu un couple qui s'embrassait
Le jeune garçon a été reçu par le pape au printemps (photo d'archives).@ Capture Facebook
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En novembre 2016, le jeune homme a été frappé à la tête pour avoir défendu un couple qui s'embrassait. Alors que le procès de son agresseur s'ouvre mercredi, il tente de se reconstruire malgré un lourd handicap. 

Au jour le jour, près de 200.000 personnes suivent Marin, 22 ans. L'angoisse de sa famille, les changements d'hôpital, les premiers pas de sa nouvelle vie. Sur la page Facebook "Je soutiens Marin", ce sont d'abord ses proches, puis le jeune homme lui-même, qui racontent sa lente reconstruction, depuis l'agression qui a failli lui coûter la vie il y a un an et demi. Mercredi, une nouvelle page de ce combat, qui l'a mené jusqu'au Vatican pour y rencontrer le pape François, s'ouvrira au procès de son agresseur, devant la cour d'assises des mineurs de Lyon.

Entre la vie et la mort. Les faits remontent au 11 novembre 2016. Marin a 20 ans. Il se promène à Lyon avec sa petite amie. En passant devant le centre commercial de la Part-Dieu, le couple voit un homme et une femme s'embrasser en attendant le bus. Un jeune qui passe par-là leur lance : "Vous pourriez faire ça à l'hôtel !". Marin prend la défense des amoureux. Une altercation éclate entre les deux hommes. Puis Marin et sa petite amie montent dans le bus.

L'épisode banal se transforme alors en déchaînement de violences. Le jeune a suivi le couple. Il arrive par derrière et assène trois coups violents derrière la tête de Marin, avec une béquille. Le jeune homme s'effondre et tombe dans le coma. Évacué vers l'hôpital, il est opéré d'un hématome au cerveau mais ne se réveille pas, toujours entre la vie et la mort.

De petites victoires. "Dévalisez les marchands de bougies, mobilisez vos amis, votre famille, pour des pensées positives et des prières". Le 15 novembre, deux tantes de Marin s'expriment sur Facebook, quelques heures après la création de la page. Le visage du jeune homme, veste de costume et coiffure soignée avant son agression, fait le tour des médias. Entamée deux semaines plus tard, sa "phase de réveil" a des allures de miracle. Marin respire seul, murmure, prend ses repères. Il est vivant.

La suite de l'histoire est faite de petites victoires,immortalisées par des photos que "likent" des milliers d'inconnus, solidaires. Le 29 janvier 2017, Marin gagne contre sa petite amie au scrabble. Le 5 février, il reçoit un polaroïd "avec l'idée de travailler [sa] mémoire à court terme". Le 17, encadré de deux soignants, il fait quelques pas dans les couloirs de l'hôpital.

RETOUR SUR - Le 11 novembre 2016, le jour où la vie de Marin a basculé dans une rue de Lyon

"Redevenir le Marin d'avant". Parfois, les tantes reprennent la main lorsque le jeune homme est trop fatigué ou doit subir des opérations pour consolider son crâne. Elles le laissent épuisé, la tête gonflée et sans aucune garantie. Pour l'aider à retrouver son autonomie, ses proches créent l'association "La Tête haute". Les dons affluent. Marin est transféré vers un centre de rééducation suisse. Un an après les faits, le 11 novembre 2017, il publie : "j'ai, depuis un petit moment désormais, abandonné tout  espoir de redevenir le Marin d'avant, celui qui pouvait jouer au foot, danser avec ses amis et son amoureuse en soirée. Un an que je suis mentalement submergé par mes tocs, que je compte tout, etc…"

Début mars 2018, l'idée d'affronter la justice fait son chemin dans l'esprit du jeune homme, qui confie commencer sa "préparation mentale" pour le procès. "C'est aussi le début de la réflexion sur ce que va être sa vie", écrit sa famille. Sur les réseaux, Facebook mais aussi Instagram, les commentaires de soutien se comptent par centaines. L'histoire émeut jusqu'au pape François, qui reçoit le garçon en audience privée à Rome, le 11 avril. Entre les deux hommes, il est beaucoup question de pardon.

Un agresseur en échec scolaire. La notion sera au cœur du procès de son agresseur, un jeune en échec scolaire, dépendant de l'alcool et du cannabis. Âgé de 17 ans au moment des faits, il encourt 15 ans de prison pour "violences avec usage ou menace d'une arme suivie de mutilation ou infirmité permanente". L'accusé, incarcéré depuis son interpellation, a écrit plusieurs lettres d'excuses. Marin arrivera-t-il à pardonner ? 

En attendant, le jeune homme vient d'apprendre qu'il devait quitter son centre de rééducation, les médecins "estimant qu'[il] n'évoluai[t] plus suffisamment depuis plusieurs semaines". La prochaine bataille de Marin, toujours lourdement handicapé, se livrera dans sa famille, dont beaucoup de membres ont tout quitté pour s'occuper de lui. Sans nul doute, elle sera suivie à distance par de nombreux fidèles.