10/11/2017 - 16h36

Que faire des familles de djihadistes français à l’étranger ?

© JAWED TANVEER / AFP

Le groupe Etat islamique perd du terrain chaque jour un peu plus en Irak et en Syrie. Un recul qui ne signifie pas du tout la fin de l’idéologie de Daech mais qui pose néanmoins la question des "revenants". Que faire de ces combattants étrangers, et notamment français, qui ont été capturés lors des derniers combats ? Et quel sort la France entend réserver aux enfants de ces djihadistes ?

Combien de djihadistes français seraient en Irak et en Syrie ? Le nombre de djihadistes français présents en Irak et en Syrie dans les rangs de l'organisation Etat islamique s'élève "probablement" à 500 environ et devrait diminuer en raison des combats sur place, a déclaré  la ministre française des Armées Florence Parly le mois dernier. Ils étaient encore 700 il y a quelques mois mais "compte tenu de l'intensité des combats, celui-ci s'est probablement réduit entre temps". Aujourd'hui, "l'ordre de grandeur est probablement de 500 mais l'arithmétique n'est pas très facile à maîtriser", a-t-elle ajouté.

Et combien d’enfants ? Là aussi, il faut prendre beaucoup de précaution. Les chiffres que nous avançons ne sont que des estimations. Environ 400 mineurs de moins de 15 ans se trouveraient actuellement en Irak et en Syrie, selon les déclarations du procureur de Paris François Molins vendredi. "Les femmes parties là-bas avaient un rôle de génitrice. Il fallait procréer pour augmenter les troupes et les recrues (du groupe) Etat islamique, donc il y a eu effectivement beaucoup de maternités et beaucoup de naissances", a souligné sur franceinfo François Molins, à la tête du parquet antiterroriste.

Où se trouvent-ils actuellement ? Après les combats perdus par Daech ces dernières semaines, certains djihadistes ont essayé de rejoindre les nouvelles terres du djihad. Pour les autres, ceux qui sont encore en vie, certains sont actuellement détenus en Irak. Les autres seraient en Syrie mais compte tenu des mauvaises relations diplomatiques entre la France et le pays de Bachar Al-Assad, il est très difficile de savoir où ils se trouvent.


Quelle est la position de la France ? Juste après la chute de Raqqa, il y a deux semaines, une vingtaine de familles dont les filles ont embrassé le djihad au Moyen-Orient ont envoyé une lettre à Emmanuel Macron. "Il n’est pas question de minimiser la responsabilité de nos filles qui se sont laissées manipuler, mais simplement de rappeler à notre mère patrie qu’elle ne doit pas rejeter ses enfants, même égarés", peut-on lire dans ce courrier. Opposé à un rapatriement général des combattants français, le président de la République "reconnaît la compétence des tribunaux irakiens". "Pour les femmes et les enfants, ça sera du cas par cas", a par ailleurs précisé Emmanuel Macron cette semaine.

Invité sur Europe 1 vendredi matin, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est montré encore plus concret sur les cas des "revenants". "S'il y a des prisonniers en Irak, les choses sont simples, c'est aux autorités judiciaires irakiennes de traiter la situation des hommes et des femmes combattantes". 

"Concernant les enfants, les mineurs, nous souhaitons au cas par cas que leur retour en France puisse être géré", assure Jean-Yves Le Drian sur Europe 1. "Et à ce moment-là, lorsqu'ils reviennent en France, ils sont mis sous la responsabilité du juge pour enfants qui décidera pour eux. Ça, c'est vrai pour l'Irak. La difficulté, c'est la Syrie parce qu'en Syrie, il n'y a pas de gouvernance avérée et on sait qu'il y a un certain nombre de combattants français qui continuent à combattre aux côtés de Daech avec là aussi des enfants. Et comme il n'y a pas d'autorités identifiées, pour l'instant, à chaque cas identifié, nous saisissons la Croix Rouge internationale". 

Qu’en pensent les familles ? Amin El-Bayi, le frère de l'une de ces Françaises parties en Syrie, ne cache pas son amertume vendredi au micro d'Europe 1 après cette annonce. "Moi, je n'éprouve pas la moindre complaisance à l'égard de ceux qui ont pris les armes contre notre pays, mais j'appelle tout de même à une distinction entre ceux qui sont partis avec la volonté de tuer, et celles et ceux qui ont été embrigadés", explique-t-il. "Ces femmes, ces enfants également, risquent dans un certain nombre de prisons en Irak et en Syrie la peine de mort, pour d'autres le viol et la torture."

Même désolation d’une autre mère. "Nos filles, même si elles se sont égarées après avoir été endoctrinées, ont droit à un procès équitable", estime cette maman dans vendredi dans les colonnes du Parisien. "Parce que si on les abandonne à leur triste sort, on les condamne à mort".