Procès Heaulme : "je ne t’ai pas dit que j’avais tué les enfants"

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Procès Heaulme : "je ne t’ai pas dit que j’avais tué les enfants"
@ BENOIT PEYRUCQ / AFP
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Confronté à l'un de ses anciens co-détenus, qui affirme avoir recueilli les confidences de Francis Heaulme, le "routard du crime" a semblé vaciller un instant.

DANS LA SALLE D'AUDIENCE

Il ne faut pas poser de questions à Francis Heaulme "sinon il se bloque". Tous les enquêteurs qui l'ont entendu ces vingt-cinq dernières années le disent. Unanimement. Jugé depuis deux semaines devant les assises de la Moselle pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz, en 1986, "le routard du crime" n'est pratiquement pas sorti de son silence. Sauf pour répéter en boucle : "Montigny, c'est pas moi...". Jeudi pourtant, l'audience a bien failli basculer. 

Heaulme, quelqu'un "de très respectueux et très drôle". A la barre, Pascal Michel, l'un de ses anciens co-détenus. Encadré par trois membres de la pénitentiaire, ce grand quinqua solide, cheveux en brosse grisonnants et petites lunettes se (dé)livre. Il se lie d’amitié avec Heaulme, son voisin de cellule à Metz en 2002. "J’ai découvert quelqu’un de très respectueux et très drôle", assume-t-il. Ils se croisent plusieurs fois, au gré des transferts de maison d’arrêts. "C’est pas moi qui pose des questions ‘Francis qu’est-ce que t’as fait’, c’est lui qui décide "quand il parle, confirme-t-il.

"Je suis tombé, ils sont venus vers moi me relever". Un jour, Heaulme est "différent, angoissé, stressé", se souvient le témoin. Il en a trop dit à la police. Et qui se met à lui déballer. Un matin, une blessure à la cheville, un long passage au cimetière sur la tombe de "sa maman". L’alcool acheté "dans un magasin où il avait l’habitude". Gouaille, vocabulaire de taulard inclus, la voix claire de Pascal Michel emplit toute la salle, suspendue à son récit. Heaulme lui raconte avoir reçu des pierres jetées par les enfants, y être retourné "pour les corriger".

Et le témoin de rejouer la scène : "Je lui dis mais Francis putain tu me respectes pas, tu t’fous de moi, t’es bourré t’arrives même pas à grimper le talus, comment tu coures après deux gamins plein de vie ?" "Je t’ai pas dit que j’avais couru après, je suis tombé, ils sont venus vers moi me relever", lui aurait répondu Heaulme. "Et m’dis pas que le deuxième est resté immobile pendant que tu frappais l’autre ?" "Ben si..."

"Je voudrais qu'il fasse la démarche de réparer". Le détenu Michel aligne les détails des plus troublants. Heaulme lui confirme "l’histoire des chasseurs de poissons" (sic) qui l’ont ramené à Vaux, chez sa grand-mère. Il lui parle d’une trappe où il a caché ses vêtements ensanglantés. Lui dit qu’il ne peut pas avouer parce que sa sœur "est pas venue pendant deux ans pour Joris (Viville)". Pascal Michel assène : "j’me souviens du prénom parce que mon frère s’appelle Joris". En conclusion, ému, il raconte qu’il est là "en ami "pour "Francis". Condamné 13 fois, il dévoile : "Moi ma peine a un sens, j’ai fait une psychothérapie. Je voudrais qu’il fasse la démarche de réparer, qu’il connaisse le sens de la justice".

Heaulme déploie alors sa grande carcasse dans le box, chemise rayée froissée hors du pantalon. Commence par répondre à côté. Son ancien copain de détention insiste : "Monsieur le président, pouvez-vous demander à Francis Heaulme de me regarder dans les yeux et dire 'je ne t’ai jamais parlé de Montigny-lès-Metz' ?" Le tueur en série met une éternité à pivoter.

"Montigny, c'est pas moi", répète Heaulme. "Je lui ai parlé de Montigny mais Montigny c’est pas moi", dit encore une fois Francis Heaulme. "Alors tu m’as menti, je ne suis pas ton ami." "Si, tu es mon ami", lâche le Routard du crime à la voix tout à coup enfantine, "je t’ai parlé de Montigny, mais je ne t’ai pas dit que j’avais tué les enfants." "Ici c’est vraiment l’endroit où on peut dire la vérité", s’accroche Michel, "je comprends pour ta sœur, elle ne te lâchera pas."

Un long silence s’installe, lourd, palpable, la salle retient son souffle. Les avocats de l’accusé tapotent discrètement la vitre du box. Moment intense, que le président interrompt : "Monsieur Heaulme, vous voulez répondre ?" "Nan".