Procès Fiona : la sépulture cachée au cœur des débats

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Procès Fiona : la sépulture cachée au cœur des débats
@ AFP
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Un témoin-surprise a contacté l’avocate d’une des parties civiles pour lui transmettre des photos de ce qu’elle pensait être la tombe de la fillette. Le corps de Fiona n'a jamais été retrouvé.

"J’ai été destinataire dans le courant de la nuit de photos d’un témoin du lieu où pourrait être enterrée Fiona." L’annonce de Me Marie Grimaud, l’avocate de l’association Innocence en danger, ce mercredi matin, a un temps suscité l’espoir. La conseil a réclamé que les clichés soient imprimés et diffusés à l’audience. La cour a accepté, malgré une certaine méfiance. Il faut dire que depuis le début de l’affaire, les témoignages farfelus se succèdent. Mais cette fois, assure l’avocate, le témoin est "crédible", elle a même donné sa véritable identité.

Depuis lundi, Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, et son compagnon, Berkane Makhlouf, sont jugés par la cour d’assises du Puy-de-Dôme pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Après avoir un temps fait croire à l’enlèvement de la fillette de cinq ans, tous deux ont avoué qu’elle était en réalité décédée. Mais son corps n’a jamais été retrouvé. Le couple avait indiqué l’avoir enterré près du lac d’Aydat, à une vingtaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, tout en restant particulièrement vague. La sépulture est "à droite d’une maison abandonnée", "à gauche des vaches"…

Les cinq photos reçues ont été soumises aux deux accusés dès le début d’après-midi. On y aperçoit un chemin, puis une grosse pierre et de la terre recouverte de feuilles. Ni Berkane Makhlouf ni Cécile Bourgeon ne reconnaissent les lieux. "Ça laisse des doutes", lâche cette dernière. Le président zoome sur une croix réalisée avec deux bâtons, plantée dans le sol. Elle semble relativement récente alors que les faits remontent à trois ans et demi. Pendant l’enquête, la mère de Fiona avait révélé qu’elle avait déposé une croix à l’endroit où était enterré son corps. "Elle était plus petite", commente l’accusée. Surtout, il s’agissait de "deux morceaux de bois posés par terre". Les photos de la pelle laissent également perplexe : Berkane Makhlouf, qui a creusé la tombe "ne la reconnaît pas". Au fil de l'après-midi, les révélations de dernière minute perdent en consistance. 

Les derniers discrédits sont portés par le témoin elle-même que le président a fait venir en urgence. A peine arrivée à la barre, elle explique être medium et que Fiona lui a "parlé". Sa déposition s’arrête là : quelques minutes après son arrivée, elle est tombée dans les pommes.

Contradictions. Ce témoin-surprise a interrompu une journée de débat centrée sur les derniers jours de la fillette. Et notamment les violences dont elle était, semble-t-il, régulièrement victime. Moins d’une semaine avant sa "disparition", elle avait été à l’école avec un large bandeau couvrant son front. Pourquoi ? , interroge le président. "Pour couvrir un hématome au niveau de la tempe", répond Cécile Bourgeon. Sur ce point, les deux accusés sont d’accord mais le scénario varie. Pour la mère de la fillette, il est consécutif d’un coup porté par Berkane. "Ce n’était pas volontaire, il n’a pas voulu la tuer", ajoute-t-elle, comme pour le disculper. Ce dernier nie en bloc : certes, il est violent et impulsif, mais pas avec les enfants. Selon lui, la fillette - "un ange" - est tombée en faisant de la trottinette.

Au fil des débats, Cécile Bourgeon revient sur ses affirmations et se contredit. "Déjà, on n’est pas sûr que ce soit les coups qui l’ont tuée. Si ça se trouve, c’est les médicaments", lance-t-elle. Et d’ajouter : "Les accidents, ça arrive." Au cours de leurs précédentes auditions, le couple avait reconnu qu’ils se droguaient chez eux, parfois devant Fiona et sa petite sœur. Les questions fermées du président, le ton incisif de l'avocat général, l'empathie d'un avocat, rien n'y a fait. Cécile Bourgeon varie et semble protéger Berkane Makhlouf. Entre eux, semble exister un pacte de non-agression tacite. Ils s’accusent certes mutuellement mais cherchent à limiter leur implication commune. "Mais je reconnais mes erreurs, il faut qu’elle reconnaisse aussi. Après ça veut pas dire qu’on est des méchants."