Prison de Fresnes : la justice somme l'État d'éradiquer les rats sous trois mois

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Prison de Fresnes : la justice somme l'État d'éradiquer les rats sous trois mois
La prison de Fresnes doit faire plus d'efforts pour améliorer les conditions de détention @ PATRICK KOVARIK / AFP
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Le juge a ordonné que les parloirs soient nettoyés plus régulièrement, que des "kits d'hygiène" soient distribués plus souvent et que le système de chauffage et d'eau chaude soient réparés dans les six mois.

L'insalubrité de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), où 2.500 détenus cohabitent avec rats et punaises de lit, est à nouveau sur la sellette : la justice vient de donner trois mois à l'administration pénitentiaire pour éradiquer ces nuisibles.

Des mesures qui "doivent être amplifiées". Malgré les actions récemment mises en oeuvre - la prison consacre notamment 25.000 euros par mois à la lutte contre rats et punaises, selon la direction -, le tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne) a estimé que ces mesures "doivent être amplifiées", dans une ordonnance datée de vendredi. Le nombre de nuisibles doit être "très substantiellement diminué", dans un délai "de trois mois", a-t-il ajouté, en suggérant "la conclusion d'un nouveau contrat avec des entreprises spécialisées".

Une situation "inacceptable". Le tribunal avait été saisi en urgence fin avril par l'Observatoire international des prisons (OIP), pour la deuxième fois en quelques mois. L'association réclamait cette fois un "plan d'urgence" global pour redresser le centre pénitentiaire de Fresnes. 

Témoignages de détenus et d'avocats à l'appui, elle dénonçait la situation "inacceptable" d'une prison remplie à presque 200% de sa capacité, où des centaines de détenus vivent à trois par cellule et subissent des fouilles à nu "systématiques" et un "usage excessif de la force" par les surveillants. Le contrôleur général des prisons (CGLPL) avait dressé un constat similaire, en dénonçant les conditions d'incarcération "indignes" à Fresnes, dans un rapport publié en décembre.

Plus d'hygiène et moins de fouilles à nu. Dans son ordonnance de mercredi, le juge commande plusieurs autres mesures pour améliorer la vie à Fresnes. La direction devra notamment faire circuler des "notes de service" sur l'usage de la force par le personnel et sur la pratique des fouilles à nu - la loi prévoit qu'elles soient systématiquement motivées. L'administration devra également nettoyer plus régulièrement les parloirs, distribuer des "kits d'hygiène" plus souvent aux détenus et elle dispose de six mois pour réparer le système d'eau chaude et de chauffage.

Des mesures encore insuffisantes. L'avocat de l'OIP, Patrice Spinosi, a salué cette décision comme "une première victoire". "Le juge a pris conscience de la situation désastreuse à Fresnes et impose à l'administration de faire plus et mieux", a-t-il déclaré. Mais les mesures ordonnées "ne sont pas suffisantes", selon lui. 

Un appel devant le Conseil d'État. En matière de surpopulation, le tribunal a notamment estimé que Fresnes est "tenue d'accueillir, quel que soit l'espace disponible dont elle dispose, la totalité des personnes mises sous écrou". L'OIP compte faire appel devant le Conseil d'État, pour pousser le juge administratif à ordonner des mesures contribuant à limiter la surpopulation. Le ministère de la Justice n'était pas immédiatement en mesure de commenter cette décision.