Un éleveur condamné pour avoir abattu un vautour

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Un éleveur condamné pour avoir abattu un vautour
@ Reuters
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COUP DE FUSIL - La condamnation intervient dans un contexte où le vautour, espèce protégée, est accusé par les éleveurs de s'attaquer aux bêtes. 

Après le loup, le vautour. Les agriculteurs ont une nouvelle bête noire qu'ils accusent de s'attaquer à leurs bêtes. Mais s'il est avéré que le loup s'attaque aux animaux vivants, le vautour, lui, est un équarrisseur, c'est-à-dire qu'il se nourrit de charognes. Un éleveur n'avait pourtant pas hésité à tirer en avril dernier dans l'Ariège contre des vautours, en tuant un. Il a été condamné mardi, rapporte Sud-Ouest, à 1.500 euros d'amende et à des dommages et intérêts.

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Fidèle au réquisitoire. L'éleveur, Christian Derramond, 52 ans, a été reconnu coupable de "destruction d'espèce animale non domestique et protégé", ainsi que de détention d'armes sans déclaration, en l'occurrence son fusil. Il a été condamné, conformément au réquisitoire du 30 septembre dernier, à 7.500 euros d'amende et le versement de 500 euros à chacune des associations qui s'étaient portées partie civile dans cette affaire : France Nature Environnement, le Comité écologique ariégeois et la Ligue de protection des oiseaux (LPO). 

Leur faire peur seulement. Christian Derramond a dit regretter que ce jugement ne tienne "pas compte du contexte". Face au juge, l'éleveur a expliqué qu'il avait juste voulu effaroucher un groupe de vautours fauves. Selon lui, ses bêtes avaient déjà été victimes à plusieurs reprises d'attaques de ces rapaces les semaines précédents l'incident. 

Un équarrisseur naturel. Le vautour fauve est un oiseau diurne et charognard, protégé par la loi depuis 1972. D'une envergure de 2,50 mètres (un des plus grands rapaces de France), il vit en colonie nichée dans des falaises ou des rochers escarpés. Il est reconnu comme étant un équarrisseur naturel dit "tireurs fouilleurs", spécialisé dans les viscères et les muscles. 

D'autres espèces de vautours ont aussi leur spécialité, se complétant entre eux. Les vautours moines mangent la peau et récure les os, le gypaète barbu se nourrit pour sa part d'os après les avoir cassé.

Aujourd'hui, 800 couples de vautours fauves vivent dans les Pyrénées françaises. 400 autres évoluent dans les Grandes Causses et 200 dans les Alpes. 

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© Reuters

Charognard ? Pas seulement pour certains éleveurs. Une mission gouvernementale s'était rendue en Ariège en juin dernier. Elle a réaffirmé les "positions scientifiques communément admises" qui ont pu observer que "le vautour fauve n'attaque les bêtes vivantes que si elles sont en situation de faiblesse", par exemple quand elles sont malades. Le vautour ne fait donc ici qu'anticiper une mort certaine. A l'occasion de cette mission, Samuel Boujut, sous-préfet de l'Ariège, avait déclaré à Sud-Ouest qu'"affirmer que les vautours sont devenus des prédateurs est une contre-vérité scientifique". 

"Leur morphologie et leur comportement ne leur permettent pas de tuer un animal en bonne santé ni en pleine possession de ses moyens comme le ferait tout simplement un prédateur ", assure sur le site de la LPO Olivier Duriez, ornithologue et enseignant-chercheur au Centre d'Ecologie Fonctionnelle & Évolutive de Montpellier. 

577 bêtes attaquées depuis 2007. Pourtant, depuis 2007, la mission vautours a comptabilisé 577 bêtes attaquées dans la chaîne des Pyrénées (dont 90% dans les Pyrénées-Atlantiques). C'est pour cette raison qu'en août dernier la préfecture de l'Ariège avait décidé d'autoriser les tirs d'effarouchement dans les secteurs où des attaques de troupeaux avaient été signalées. Autorisés pour un an, les tirs sont effectués par les agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Certains éleveurs pourraient cependant être formés à l'avenir pour y procéder.