Pourquoi les enfants tombent-ils sur des sites pornographiques ?

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Pourquoi les enfants tombent-ils sur des sites pornographiques ?
@ GABRIEL BOUYS / AFP
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Selon une étude, 10% des visiteurs de sites pornographiques ont moins de 10 ans. 

"Les enfants commencent à visiter des sites web pornographiques à un âge précoce". Bitdefender, une société de production d'antivirus qui dispose de son propre laboratoire d'analyse des comportements des internautes, vient de publier une étude qui fait froid dans le dos : 10% des consommateurs de pornographie dans le monde auraient moins de… 10 ans. Le labo d'étude de la société affirme même que certains enfants regardent du porno en ligne dès l'âge de… six ans !

11 ans en moyenne ? Bitdefender ne rentre pas dans les détails et ne donne pas de classement par pays. Mais les conclusions de ses travaux se rapprochent de celles d'un rapport sur la France publié au printemps 2015 par l'association Ennocence. D'après cette association spécialisée dans la "protection des enfants contre les risques d’exposition à la pornographie en ligne", un Français a en moyenne 11 ans lorsqu'il est exposé pour la première fois à du contenu pornographique en ligne.

L'étude de Bitdefender résonne également avec un sondage réalisé en décembre dernier par OpinionWay, selon lequel 33% des parents de mineurs français se disent "certains" que leurs enfants de moins de 18 ans se sont déjà retrouvés sur des sites porno. "Dans les classes de 3e et 4e, 100% des élèves ont déjà vu de la pornographie. Le porno a un aspect fascinant pour les 9-10 ans, certains ne peuvent plus s'en décoller", s'alarmait également Israël Nisand, chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHU de Strasbourg, l'an dernier sur Europe 1

La majorité tombe dessus "involontairement". Comment expliquer qu'autant de mineurs se retrouvent sur ce type de sites ? Selon OpinionWay, 79% des enfants seraient confrontés "involontairement" à la pornographie. En clair, la plupart des enfants ne chercheraient pas délibérément du porno sur internet, mais tomberaient tout de même dessus. Ennocence (qui ne précise pas d'où elle tient ce chiffre) affirme que dans 52% des cas, cela se ferait via des "vidéos pirates", ces vidéos qui s'affichent automatiquement lorsque l'on regarde un film ou un match de foot sur un site de streaming illégal. Dans un tiers des cas, les enfants seraient exposés sans le vouloir via un "spam" reçu dans un mail ou via les réseaux sociaux. Dans "seulement" 18% des cas, l'enfant tombe dessus vie un moteur de recherche, parfois même à cause d'une recherche erronée ou en raison d'un nom de site internet trompeur.

L'association milite donc pour une vaste campagne de communication auprès des parents et des enfants, notamment à l'école, afin de détourner les mineurs des sites qui laissent passer ce type de vidéos "pirates" (notamment les sites de streaming illégaux), de leur conseiller de ne jamais répondre aux Spams ou encore de bien activer les fonctionnalités de protection de la vie privée sur les réseaux sociaux. Pour Ennocence, il faut assécher le financement des sites de streaming, en leur fermant l'accès à tout paiement Paypal ou Visa.

Pas suffisamment de contrôles des parents ? Mais que faire pour les 17% de mineurs qui, à en croire OpinionWay, rechercheraient délibérément des images pornographiques ou violentes sur le web ? Selon l'institut de sondage, 52 % des parents indiquent ne pas toujours, voire jamais, surveiller leurs enfants quand ils surfent sur le web. Or, la plupart des sites pornographiques "sont accessibles quel que soit l’âge de l’internaute. En effet, la seule 'barrière' se limite à une simple fenêtre pop-up qui s’affiche pour demander aux utilisateurs de confirmer qu'ils ont plus de 18 ans, sans aucune vérification réelle de l’âge du visiteur", rappelle l'étude de Bitdefender. L'entreprise recommande donc aux parents de bien installer le contrôle parental, de ne jamais installer l'ordinateur dans une pièce qu'ils ne peuvent pas surveiller et redoubler d'efforts pour faire de la pédagogie sur les questions de sexualité.