"Personne ne peut dire ce qu'est un bon juif ou un bon musulman"

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Delphine Horvilleur et Rachid Benzine, auteurs de Des mille façons d’être juif et musulman, livrent leur goût du dialogue sur Europe 1. 

INTERVIEW

L’une est rabbin, l’autre est islamologue. L'une est femme et l'autre homme. Dans un livre dialogue, Des mille façons d’être juif et musulman (Éd. Seuil), Delphine Horvilleur et Rachid Benzine ont décidé de confronter leurs points de vue sur les religions aujourd'hui. 

Des normes pour un Islam "dit authentique". "On a l'impression que l'Islam dit authentique serait celui qui serait le maximum normé", explique l'islamologue Rachid Benzine mercredi au micro de Patrick Cohen dans Europe Matin. "Donc, plus il y a de normes et plus vous êtes musulman parce qu'on traduit cette idée de la culpabilité chez les croyants. Et on leur dit : 'Si vous êtes dans cet état-là, c'est parce que vous avez abandonné la voix de Dieu. Et que pour revenir à la voix de Dieu, vous allez mettre en place un certain nombre de normes qui vont créer cette communauté et qui finit par enfermer les individus avec cette idée de la pureté. Et puis de la pureté à la purification, le passage peut aller vite en terme de processus de violence". 

"Le corps de la femme, un élément politique". "Pour certains, il faut bien distinguer les hommes des femmes", poursuit Rachid Benzine. "Cette question notamment de la pudeur et de surinvestissement du corps de la femme qui, en vérité, est un élément politique", assure-t-il. "Beaucoup de règles dans le Coran proviennent de la société et que c'est la société qui s'impose au Coran, et pas l'inverse. Ensuite, l'Islam lorsqu'il immigre vers d'autres sociétés, automatiquement, la jurisprudence islamique se met en place mais de manière tardive (au VIIIe ou IXe siècle)".  

De l'idée de la consolidation identitaire. Un repli identitaire qui souffle aujourd'hui sur l'Islam fait penser au judaïsme ultraorthodoxe selon Rachid Benzine. "Il y a effectivement une consolidation identitaire qui s'est faite beaucoup autour du rite dans nos traditions respectives", renchérit Delphine Horvilleur. "Aujourd'hui, on conforte son identité par l'idée que il y aurait une façon de manger, une façon de s'habiller, une façon de voter, une façon d'être qui ferait que vous êtes un bon juif et un bon musulman", estime la rabbin sur Europe 1. "Personne ne peut dire ce qu'est un bon juif ou un bon musulman. Mais les gens s'imaginent qu'il y aurait une façon monolithique d'être qui fait qu'on appartient à une communauté". 

"Le doute n'est pas présent". Le rite est normalement au service de l'existence humaine. Mais lorsque vous avez le rite pour le rite, vous avez tendance à séparer les gens. Et on est véritablement dans des sociétés où les croyants pensent que, plus il y a de la norme, plus ils sont près de Dieu. La question du doute ne se pose même pas. Et finalement, le contraire de la connaissance, ce n'est pas l'ignorance mais la certitude. Et ils ont beaucoup, beaucoup de certitudes".