Pénurie à l'hôpital : "Les patients sont les premières victimes"

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Olivier Véran, médecin, ancien député PS de l’Isère, a dénoncé la pénurie de personnel hospitalier dans un rapport parlementaire publié il y a trois ans.

INTERVIEW

Lundi dernier, les médecins hospitaliers avaient appelé à faire grève pour réclamer une meilleure appréciation de leur temps de travail et une revalorisation des carrières à l'hôpital. Alors que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, doit annoncer des mesures pour remédier aux maux du milieu hospitalier, Olivier Véran, neurologue et ancien député PS de l'Isère, réagit au micro d'Europe 1 sur la coûteuse pénurie de praticiens

"On a tardé à prendre le problème à bras le corps". "Depuis trois ans, il subsiste toujours des problèmes de démographie médicale à l'hôpital et les solutions ne sont pas des solutions efficaces tout de suite", explique Olivier Véran, par ailleurs auteur d'un rapport parlementaire sur l’emploi médical temporaire à l’hôpital, publié il y a trois ans. En France, certaines régions sont en souffrance comme à Auxerre, où il manque 32 médecins. L'ancien élu estime que si la pénurie impacte bien évidemment l'hôpital, elle touche aussi la qualité des soins : "Quand vous n'avez plus de médecins pour faire tourner les équipes, cela pose un problème de continuité, de qualité et de sécurité des soins", explique t-il.

Dans le rapport parlementaire qu'il a rédigé, Olivier Véran explique avoir estimé le surcoût à un demi milliard d'euros par an. "Du coup, c'est de l'argent qui n'est pas investi dans l'innovation, dans la télémédecine, dans le recrutement de personnel", regrette t-il ajoutant que "les premières victimes sont les patients".

"On est constamment sur la brèche". "Nous avons en France un hôpital qui se bat et qui reste d'excellente qualité", estime Olivier Véran. "Mais on est constamment sur la brèche", prévient t-il. Son objectif : supprimer à 8.000 le nombre de jeunes médecins formés chaque année en France : "Il faut augmenter nos capacités de formation pour faire face à la demande et quand on aura cette solution, il faudra encore 10 ans pour avoir un bon nombre de médecins formés".

Quelles solution alors ? Elle se nicherait dans la loi Santé. "Elle prévoit des groupements hospitaliers de territoires", explique le neurologue. "C'est à dire des coopérations entre équipes médicales qui travaillent les unes avec les autres, mutualiser les ressources. C'était très attendu par le milieu hospitalier", confie Olivier Véran.

La France, mauvaise élève de l'Europe ? "Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation", explique t-il avant de préciser que la France restait le seul pays à limiter le nombre de médecins formés. "On se plaint de ne pas assez avoir de médecins, mais dans les années 90, on disait qu'il y en avait trop et quand on tape sur google aujourd'hui désert médical, la première fois que ça arrive c'est en 2003, alors qu'on a l'impression que les déserts médicaux ont toujours existé".