"Penelopegate", "job en or" et salariés à mi-temps… les différentes "affaires Fillon"

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"Penelopegate", "job en or" et salariés à mi-temps… les différentes "affaires Fillon"
François Fillon a dénoncé une opération "organisée, professionnelle" venant de la gauche, mercredi. @ AFP
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De potentielles nouvelles "affaires" concernant le candidat Les Républicains à la présidentielle essaiment dans plusieurs médias…

Les dossiers s'accumulent, et le candidat se dit victime d'une "opération de calomnie". Mercredi dernier, François Fillon ne devait faire face qu'aux révélations du Canard Enchaîné, qui accuse son épouse d'avoir occupé deux emplois fictifs pendant des années. Une semaine plus tard, la justice s'est saisie du "Penelopegate", qui a pris de l'ampleur -  l'hebdomadaire affirme désormais que Penelope Fillon a touché plus de 900.000 euros brut. Mais la défense maladroite du candidat LR à l'élection présidentielle et les investigations de plusieurs médias ont aussi révélé d'autres pistes d'"affaires" aux allures de bombes à retardement pour l'ancien Premier ministre.

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Le "Penelopegate", deux emplois fictifs soupçonnés

Le 25 janvier, le Canard Enchaîné révélait que l'épouse de François Fillon aurait été rémunérée à hauteur de 500.000 euros, entre 1998 et 2002, puis à nouveau en 2012, au titre d'attachée parlementaire de son mari puis de son suppléant à l'Assemblée, Marc Joulaud.  Si les députés ont parfaitement le droit d'employer leur conjoint, la réalité des missions de Penelope Fillon pose question : après enquête, l'hebdomadaire assure que "dans les couloirs du Palais-Bourbon comme dans le fief de son mari, personne n'avait jamais croisé d'attachée parlementaire du nom de Penelope Fillon. Le journal affirme en outre, que l'épouse du candidat LR aurait également touché 100.000 euros en tant que salariée de La Revue des Deux-Mondes, pour laquelle elle n'aurait rédigé que deux notes de lecture en 18 mois.      

Le parquet national financier n'a pas tardé à réagir : le jour-même de la sortie du Canard, la juridiction spécialisée dans les délits économiques et financiers complexes a ouvert une enquête concernant "les chefs de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits." Les investigations, confiées à l'Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales, (OCLCIFF), doivent déterminer si Penelope Fillon a effectué des prestations en échange de ses salaires. A quelques mois de l'élection présidentielle, la justice a conscience de la nécessité de purger ce dossier rapidement : le couple a pu s'expliquer à Versailles, dès lundi. Mardi, des perquisitions ont été menées à l'Assemblée nationale. "On sait que dans les 15 jours qui viennent, on aura les résultats de cette enquête", a affirmé François Fillon, mercredi.

Marie et Charles Fillon, étudiants et assistants parlementaires

Deux jours après le début du "Penelopegate", c'est François Fillon lui-même qui faisait une autre révélation fracassante sur TF1, indiquant qu'il lui était "arrivé de rémunérer, pour des missions précises, deux de [ses] enfants avocats" lorsqu'il était sénateur. Dès le lendemain, des médias relevaient, après avoir consulté l'annuaire du barreau, que Marie et Charles Fillon étaient devenus officiellement avocats respectivement cinq mois et quatre ans après la fin de la mandature de leur père et avaient donc été rémunérés en tant qu'étudiants. L'entourage du candidat évoquait alors une "imprécision de langage", expliquant que François Fillon avait voulu dire qu'ils étaients avocats à l'heure actuelle.

Dans son édition datée du 1er février, c'est à nouveau le Canard Enchaîné qui frappait un grand coup dans cette affaire : d'après l'hebdomadaire, ce ne sont pas des "missions" ponctuelles que le candidat a confié à ses enfants, mais bien des postes d'assistants parlementaires à temps plein. Pendant 15 mois, Marie Fillon aurait ainsi touché 3.800 euros bruts mensuels. Charles Fillon, aurait, lui, été payé 4.800 euros pendant six mois.  Au total, 84.000 euros auraient donc été consentis par le candidat LR à sa progéniture. Jeudi, le parquet national financier a décidé d'étendre son enquête à ces révélations.

Une conseillère employée "à mi-temps"

Lundi, c'était au tour de Mediapart de repérer un potentiel autre emploi fictif impliquant le député de Paris. Le journal en ligne révélait qu'un "pilier" de l'équipe Fillon, sa conseillère Alexia Demirdjian, était employée comme chargée de mission de la Fondation Culture et Diversité, une branche de la holding Fimalac, qui appartient à Marc Ladreit de Lacharrière, proche du candidat LR à l'élection présidentielle. Problème : selon le média, la jeune femme n'a jamais figuré sur l'organigramme public de la fondation. Interrogés, ses "collègues" ont livré des réponses évasives, ou refusé de s'exprimer.

En revanche, sur les réseaux sociaux, la jeune femme se dit en charge des problématiques numériques auprès de François Fillon "depuis mars 2015, qui est aussi la date de son embauche dans le groupe de Ladreit de Lacharrière", relève Mediapart. A-t-elle pu être recrutée uniquement pour être "prêtée" au député de Paris ? Le directeur de campagne de François Fillon, Patrick Stefanini, a depuis démenti ces accusations, affirmant que le contrat de travail de la jeune femme "prévoyait un mi-temps" entre les deux missions.

Les mystérieux clients du cabinet 2F Conseils

2F, pour François Fillon. Au lendemain de la défaite de la droite à la présidentielle de 2012, l'ancien Premier ministre a créé cette société de conseil, dont il est le seul actionnaire. Le candidat a toujours été très discret sur le sujet mais en a dégagé 750.000 euros en salaires et bénéfices entre juin 2012 et décembre 2015, selon Le Monde et Mediapart.  En travaillant pour quels clients ?

Selon les deux médias, l'une des sociétés qui s'est payé les services de 2F Conseils n'est autre que Ricol Lasteyrie, un cabinet d'évaluation financière et de conseil aux grandes entreprises. En tant que "senior advisor" auprès de cette entreprise, François Fillon aurait gagné entre 40.000 et 60.000 euros par an, soit un total de 200.000 euros. Le Monde affirme, en outre, que le candidat LR cumule ce poste avec celui de membre du comité stratégique du cabinet. Ce "job en or", comme le qualifie Mediapart, s'est organisé selon un timing serré : 2F Conseils a été créé quelques jours avant que François Fillon ne soit élu député de Paris. Or, les membres de l'Assemblée Nationale ne sont pas autorisés à exercer une activité de consultant pendant leur mandat.

Selon Le Monde, la société de l'ancien Premier ministre a, en outre, touché 97.000 euros pour des activités effectuées "à l'export". Au gré de ses fréquents déplacements à l'étranger, qui François Fillon a-t-il pu conseiller ? Vladimir Poutine, dont il souhaite se rapprocher en cas de victoire à la présidentielle ? D'après Bruno Retailleau, ni "l'Etat russe" ni "aucune entreprise ou organisation russe" ne faisaient partie des clients du cabinet. Comme les deux précédentes, c'est une affaire à suivre.

Le micro-parti qui continue d'encaisser des dons 

Selon les informations de Mediapart, François Fillon continue, en outre, de percevoir des dons via l'association de financement de sa campagne (AFFR), alors même que sa campagne est largement financée. Sur le site Fillon2017.fr, les militants LR sont invités à faire un don au micro-parti, qui encaisse les chèques de soutien au candidat. 

La démarche n'est pas illégale et a également été utilisée par Alain Juppé pour financer sa candidature. Mais la campagne terminée, et le projet de François Fillon financé, de nombreux responsables républicains estiment que ces dons devraient aller dans les caisses du parti, toujours endetté après l'affaire Bygmalion. Le trésorier des Républicains, Daniel Fasquelle, se serait également exprimé dans ce sens.