Patrick Dils : "J'étais tellement terrorisé que je ne pouvais plus faire machine arrière"

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Quinze ans après son acquittement, l'ancien accusé des meurtres de Montigny-lès-Metz est revenu sur les mécanismes qui l'ont conduit à avouer malgré son innocence, jeudi sur Europe 1.

INTERVIEW

Comment peut-on avouer à neuf reprises un crime que l'on n'a pas commis ? C'est la question que pose le dossier de Montigny-lès-Metz, un temps appelé "affaire Patrick Dils" et dans lequel le tueur en série Francis Heaulme a finalement été condamné en avril. Entre 1986 et 2002, l'ancien apprenti cuisinier a passé quinze ans en prison pour les meurtres de deux enfants de huit ans, reconnus alors qu'il n'en avait que 16. Invité de l'émission Hondelatte Raconte, jeudi sur Europe 1, Patrick Dils est revenu sur les mécanismes de ses aveux et la "terreur" qui l'habitait à l'époque.

Un adolescent "introverti", "avec peur de tout". Les premiers aveux du jeune homme remontent à quelques mois après les faits, après 30 heures de garde à vue. "Je ne suis pas le premier à avouer ce double-meurtre", souligne-t-il. Deux hommes, dont Henri Leclaire, un ex-manutentionnaire de la région, se sont en effet accusés des crimes avant que leurs versions ne soient mises à mal par la police. "J'étais un enfant de 16 ans, complètement introverti, enfermé dans un cocon familial, très solitaire et avec un peu peur de tout. J'ai été propulsé du jour au lendemain dans le rouleau-compresseur qu'est la justice. Si deux majeurs sont capables d'avouer un crime aussi horrible, pourquoi un enfant ne le ferait pas à son tour ?", interroge le désormais quadragénaire.

J'avais l'impression d'être entré dans un entonnoir

"J'ai été interpellé pas chez moi, pas sur mon lieu de travail, mais en pleine rue, menottes aux mains, direction le commissariat", se souvient encore celui qui fut le premier mineur condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. "Dans la petite tête du garçon que j'étais à l'époque, ça voulait dire 'pour papa et maman je suis sur mon lieu de travail, pour mon employeur je suis chez papa et maman, personne ne sait où je suis'. J'avais l'impression d'être entré dans un entonnoir."

"Une peur bleue, une peur incommensurable". Comment expliquer que le jeune garçon ait choisi exactement les pierres utilisées pour tuer les enfants au moment de la reconstitution ? Grâce à des détails lus dans les journaux, ou soufflés par les enquêteurs, répond posément le désormais père de famille. Et de rebondir : "De toute façon est-ce que vous croyez que l'auteur des faits, vu la sauvagerie de ce meurtre, serait capable de désigner telle ou telle pierre ?". La suite de son récit est marquée par la crainte du policier chargé de conduire l'enquête, l'inspecteur Varlet. "Une peur bleue, une peur incommensurable. J'étais tellement terrorisé que je ne pouvais plus faire machine arrière." Même devant le psychiatre, premier adulte qui l'entend en l'absence de l'enquêteur, il réitérera ses aveux, par peur d'être à nouveau interrogé : "je ne voulais pas retourner dans ses griffes".

On ne peut pas empêcher les gens d'avoir une opinion

Trente ans plus tard, ces éléments poussent encore "une minorité" de personnes à être "suspicieux" à l'égard de Patrick Dils, pourtant blanchi par la justice. "On ne peut pas empêcher les gens d'avoir une opinion. Les familles des victimes, je comprends, c'est une tragédie dont personne ne peut se remettre", analyse-t-il. En avril dernier, alors qu'il devait être entendu comme témoin au procès de Francis Heaulme, le feu des questions lui a parfois donné des airs d'accusé. "Vous comprenez que l'on puisse encore douté", lui a notamment asséné Me Rondu, avocat de la grand-mère de l'un des enfants.

Face à ces soupçons, Patrick Dils semble pourtant serein et espère que son nom se détache progressivement de cette affaire. Francis Heaulme, qui a fait appel de sa condamnation, doit à nouveau être jugé devant les assises de Versailles. L'acquitté qui publie lui son deuxième livre, "Il ne me manque qu'une chose" (Ed. Michel Lafon), explique que cette "chose" est "la vérité sur cette tragédie". "Parce que ce 28 septembre 1986, je n'étais pas sur le talus. La vérité, je ne la détiens pas."