Pascal Ory sur les attentats : "L'’objet du terrorisme, c’est de pousser l'adversaire à la guerre civile"

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Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à Paris 1 est l'invité d'Anne Sinclair, samedi. Il décortique les attentats de 2015 et la réaction sociétale qui a suivi.

INTERVIEW

"En janvier, il y avait une volonté de toucher deux catégories : le blasphémateur et l’infidèle. Traduisons : Charlie et les juifs. En novembre, et le communiqué de Daech le dit clairement, on s’attaque à 'Paris, capitale de l’abomination et de la perversion'. C’est toute une civilisation qui est attaquée", analyse Pascal Ory, professeur d'histoire à l'université Panthéon-Sorbonne. Egalement auteur de Ce que dit Charlie, 13 leçons d’Histoire, publié chez Gallimard, il est l'invité dAnne Sinclair ce samedi. Sur Europe 1, il dissèque les événements qui ont bouleversé 2015.

Quand il écrit son ouvrage, le Bataclan, les terrasses de cafés et restaurants des 10e et 11e arrondissements n'ont pas encore été attaqués. Entre janvier et novembre, "vous avez d’autres attentats à Copenhague, en Tunisie, la crise des migrants et la crise écologique qui alimentent le populisme. Il y a le lien avec une idéologie, l’islamisme, mais ce qui est très dissemblable, c’est la cible." Une cible qui passe d'une partie à l'ensemble de la société.

"Monuments spontanés d'individualistes". Ce qui est revanche identique, et ce qui est réellement surprenant pour Pascal Ory, c’est "cette volonté de créer des monuments spontanés d’individualistes, on l’a déjà place de la République en janvier, on l’a encore plus devant le Bataclan, rue de Charonne. Les déclinaisons de 'Je suis...', d’une certaine façon, c’est génial : 'Je suis Charlie', 'Je suis musulman', 'Je suis juif', 'Je suis flic…'Je suis en terrasse'. "Alors qu’au 20e siècle, on disait 'Nous sommes tous des juifs allemands'', rappelle Anne Sinclair. Autre différence pour l'intellectuel : si des 'Je ne suis pas Charlie' ont pu s'élever, "il y a eu très peu de 'Je ne suis pas Bataclan.'"

"Un pays au bord du rassemblement". Et Pascal Ory de mettre en exergue la réponse "positive" de la société française. "Pour l’instant, à deux reprises – attendons la troisième, quatrième... - la réaction n’allait pas dans le sens d’un pays au bord de l’effondrement mais d’un pays qui a été au bord du rassemblement."

Clivage sur la déchéance de nationalité. Une analyse sur laquelle rebondit la journaliste : "Mais une partie de la France, la gauche surtout, se déchire sur l’éventualité de la déchéance de nationalité pour les binationaux. Certains y voient une victoire du terrorisme qui nous ferait prendre des mesures contre nos propres valeurs." "L'’objet du terrorisme, c’est de pousser l'adversaire à la guerre civile. Le système doit s’effondrer parce qu’il se durcit. S’il y a une troisième vague d’attentats, il y aura encore un durcissement, ça ne veut pas dire que la société cédera, indique le spécialiste. C’est la société qu’il va falloir interroger. Est-ce qu’elle décidera d’aller dans la continuité de janvier et de novembre ?"

>> Retrouvez l'intégrale de l'entretien :