Parcoursup : les vacances de "l'angoisse" pour les bacheliers sans affectation

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Parcoursup : les vacances de "l'angoisse" pour les bacheliers sans affectation
Jeudi, 97.081 candidats n'avaient toujours pas reçu d'affectation sur Parcoursup. Plus de 22.000 autres avaient déjà quitté la plateforme sans avoir reçu une proposition.@ DENIS CHARLET / AFP
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Sur les quelque 812.000 candidats ayant inscrit au moins un vœu sur Parcoursup, près de 100.000 bacheliers étaient toujours sans affectation jeudi. Pour eux, vacances riment avec angoisse.

"Tous les matins, je me lève vers 5-6 heures pour regarder mon classement et je n’arrive plus à me rendormir. Cela a des répercussions sur mon mental, je stresse, je fais des crises d’angoisses". Comme près de 100.000 autres candidats - sur quelque 812.000 au départ - ayant inscrit leurs vœux sur la plateforme Parcoursup, Enzo ne sait toujours pas ce qu'il fera, ni même où il sera à la rentrée prochaine.

La pression des proches. Le jeune homme avait formulé quinze vœux. Onze ont été refusés et quatre sont toujours "en attente". "Mes amis me disent de rester optimiste et j’essaye tant bien que mal de le faire. Mais ça me plombe encore plus le moral d’entendre ce genre de trucs venant de personnes qui ont déjà eu leurs affectations, tandis que moi je stagne tout simplement avec mon bac à bosser au MacDo...", confie le Vendéen, titulaire d'un bac technologique mention bien. "Sans parler de certains membres de ma famille qui me mettent la pression avec cette mentalité de 'si tu n’as pas fait d’étude tu as raté ta vie, tu n’arriveras a rien'".

Près de 100.000 sans affectation. Dans le détail, ils étaient encore 97.081 candidats jeudi à ne toujours pas avoir d'affectation tout en étant inscrits sur Parcoursup. Parmi eux, 65.145 bacheliers sont actuellement en attente d'une proposition, 13.754 ont demandé à être accompagnés par le recteur de leur académie, et 18.182 n'ont reçu que des réponses négatives sur des formations sélectives, d'après le tableau de bord publié quotidiennement par le ministère de l'Enseignement supérieur.

Le ministère rassure, l'Unef s'inquiète. "Des chiffres inquiétants alors que la rentrée universitaire approche à grands pas", a estimé cette semaine en conférence de presse la présidente de l'Union Nationale des Etudiants de France (Unef), Lilâ Le Bas. Le ministère, de son côté, ne cesse d'assurer que tous auront une place à la rentrée.

"Il n'y a pas lieu de cultiver des angoisses sur ce sujet, tout le monde aura une réponse à la fin", promettait le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, fin juin sur Europe 1. "On n'aura pas cet embouteillage du mois d’août et du début du mois de septembre qui a été très compliqué l'année dernière", affirmait celle de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, elle aussi sur Europe 1.

Si la comparaison est complexe, car les deux systèmes ne fonctionnent pas de la même manière, l'an dernier, le 14 juillet (le système APB dévoilait ses chiffres sur trois dates fixes, dont le 14 juillet), 87.000 candidats étaient sur liste d'attente. A l’époque, la ministre évoquait alors un "énorme gâchis", avant de lancer la réforme visant à remplacer APB par Parcoursup.

C’est un peu effrayant dans le sens où certains de mes projets sont remis en question
Synda, 18 ans

Des candidats "bloquent le système". "Il  ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Mais plus globalement, je trouve que par rapport à l'an dernier, il y a quand même des choses qui ne vont pas, notamment pour des élèves qui attendent des places en classes préparatoires. Il n'y avait jamais eu de problème avec APB, qui était conçu pour ça. Là, les jeunes sont en attente de plein de vœux et bloquent le système", expliquait il y a quelques jours sur Europe 1 Sophie de Tarlé, rédactrice en chef du Figaro Etudiant.

"Certains de mes projets sont remis en question". Synda le sait. Elle a pris des risques en ne formulant que trois voeux sur Parcoursup quand ses professeurs lui conseillaient d'en faire un maximum. Résultat : elle est 104ème sur liste d'attente pour une licence d'Histoire de l'Art et Archéologie, 146ème pour une autre, et 550ème pour une fac d'Arts Plastiques.

"J’avoue que c’est un peu effrayant dans le sens où certains de mes projets sont remis en questions", expose Synda, qui habite avec sa mère et sa sœur dans l'Essonne, et qui a déjà fait une demande d’appartement sur Paris. "Maintenant, il faut que je me décide vite : soit je laisse tomber et je me trouve un travail pour la rentrée dans un truc bien nul, histoire de pas gaspiller une année et de retenter l’année prochaine. Soit je choisis carrément de partir de la région parisienne mais ce n'est pas rien non plus".

Des établissement fermés un mois. Le temps presse, car dès la fin de la semaine, de nombreux établissements seront fermés pour congé, parfois pour un mois. Une période durant laquelle la situation des postulants ne peut dès lors évoluer.

"On est toujours dans l'attente". Valentine, elle aussi, a été contrainte de modifier son projet. La bachelière de 18 ans avait formulé huit vœux sur Parcoursup. Résultat : sept refus et un sur liste d'attente. "Pas celui qui m'intéresse le plus", précise-t-elle.

"Je suis allée voir une conseillère d'orientation qui m'a expliqué qu'en septembre, beaucoup de places allaient se libérer car les gens changent pas mal d'avis, donc je vais peut-être attendre jusqu'à septembre et me trouver un petit travail à côté pour ne pas rien faire. Sinon, l'idée est peut-être plus de faire une fac à distance. On est toujours dans l'attente", regrette-t-elle.

"Ce qui est très compliqué, c'est qu'on se retrouve pendant les grandes vacances. Mais on ne profite pas trop parce que c'est assez stressant de ne pas savoir ce qu'on va faire l'an prochain. On vit dans le stress en permanence", lâche encore la jeune femme, qui vient tout juste d'avoir son bac L au rattrapage. "Mais je connais une fille qui a 16 de moyenne partout qui n'a rien non plus", avance-t-elle. "C'est horrible, ils ne font même pas en fonction des notes".

Le Défenseur des droits saisi. Plusieurs organisations opposées à la loi sur les nouvelles modalités d'accès à l'université ont d'ailleurs annoncé mardi la saisine du Défenseur des droits pour demander notamment la publication des "algorithmes locaux" utilisés par les établissements pour classer les dossiers des candidats.

Certains établissements envisagent pour leur part de petits ajustements pour la rentrée. L’université de Nîmes a ainsi décalé sa prérentrée d’une semaine en septembre. La phase normale de Parcoursup s’achève en effet le 5 septembre, et la phase complémentaire, permettant de formuler de nouveaux vœux dans des formations disposant encore de places, le 20 septembre.

En attendant, plus de 22.000 jeunes ont déjà quitté la plateforme, sans avoir reçu la moindre proposition.