Parcoursup : les premières galères des candidats pour faire leurs vœux

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Parcoursup : les premières galères des candidats pour faire leurs vœux
Les futurs bacheliers et étudiants en réorientation entre dans la période de saisie des voeux sur la nouvelle plateforme Parcoursup, mise en ligne pour la première année@ MARTIN BUREAU / AFP
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Un mot de passe trop complexe, des informations fausses, une sectorisation des formations… Les futurs étudiants essuient les plâtres de la nouvelle plateforme d'orientation post-bac.

Mot de passe trop compliqué, formations inaccessibles, erreurs dans la saisie automatique de certaines informations… Depuis lundi dernier, futurs bacheliers et étudiants en réorientation peuvent émettre des voeux pour l'année 2018-2019 sur la plateforme Parcoursup qui a succédé au controversé Admission Post-Bac. Et ces inscriptions relèvent du parcours du combattant pour certains qui doivent affronter des difficultés aussi bien techniques que des incompréhensions face aux nouvelles règles. Europe 1 dresse un premier bilan.

Des difficultés techniques

Un mot de passe trop complexe. La première étape à passer pour pouvoir formuler ses vœux, est de se connecter à la plateforme. Pour cela, le candidat doit s'identifier et créer un mot de passe. C'est à ce moment-là que la première difficulté apparaît. Les conditions sont strictes "12 caractères, 2 majuscules, 2 minuscules, 2 chiffres, 2 caractères spéciaux". Des critères que les candidats n'ont pas manqué que tourner en ridicule. 

>> La réponse du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche : Il s'agit d'une mesure de sécurité avant tout.

Certaines informations saisies automatiquement sont fausses. Sur les réseaux sociaux, plusieurs candidats ont également rapporté des erreurs dans les informations les concernant. Par exemple, Juliette rapporte que seul son "20 de moyenne en Histoire" a été saisi. Quant à Sltcmila, elle raconte que son profil n'existe tout simplement pas sur la plateforme.

Le père d'une candidate s'inquiète même que le numéro INE (Identifiant national étudiant unique), indispensable pour s'inscrire au bac et sur Parcoursup ne soit pas le bon sur la plateforme.

>> La réponse du ministère : Ces informations factuelles sont fournies par les lycées dans lesquels les candidats sont inscrits. En cas de mauvaise saisie, ils sont donc invités à se renseigner directement auprès de leur établissement actuel.

Certaines formations n'apparaissent pas sur la plateforme. C'est le cas par exemple de la licence internationale Etudes interculturelles franco-allemande, avec la Freie Universität de Berlin, proposée par l'Université Paris 3 qui n'est pas présentée comme une double licence sur Parcoursup. "Les étudiants ne savent pas qu'ils vont avoir deux diplômes en s'inscrivant dans cette formation", explique Valérie Robert, maître de conférence à Paris 3 et qui doit renseigner ses étudiants en réorientation.

Quant aux formations accessibles après une sélection - telles que les Instituts d'études politiques (IEP), Sciences Po Paris, l'université Paris-Dauphine, les écoles d'ingénieur - les candidats ne peuvent s'y inscrire à travers la plateforme Parcoursup - ils doivent contacter directement les écoles qui les intéressent. En revanche, elles peuvent faire l'objet d'une fiche de renseignements sur le site, ce qui peut être source de confusion pour les candidats.

>> La réponse du ministère : Il s'agit avant tout de "donner le plus grand nombre d'informations possible. D'ailleurs "d'ici à 2020, toutes les formations disponibles en France seront sur Parcoursup", précise-t-on.

Une application inutile. Par ailleurs le ministère de l'Éducation nationale a développé une application dédiée à Parcoursup. Une initiative saluée par les lycéens qui regrettent pourtant qu'elle soit si peu utile en ces temps de saisie des vœux. 


>> La réponse du ministère : Elle le sera bien plus lorsqu'elle enverra des notifications pour rappeler les grandes échéances et les réponses des formations auxquelles les lycéens ont postulé.

Un numéro de téléphone impossible à saisir. Lors de sa séance de questions-réponses avec des étudiants et lycéens sur le sujet, Isabelle Colas, coach scolaire pour monorientationscolaire.com, a été interrogée plusieurs fois sur un bug avec la saisie des numéros de téléphone. Dans ce cas, elle a conseillé de contacter le numéro 0800.400.070.

Des difficultés avec les nouvelles règles

Une sélection géographique dans le système de vœux ? Contrairement à ce qui est mentionné sur le site du ministère de l'Éducation nationale, dans les faits, les futurs étudiants ne peuvent pas formuler des vœux pour les formations proposées dans toute la France. Nombreux sont ceux qui souhaitent changer d'académie et qui voient leur demande recevoir la mention, en rouge, "vous êtes hors secteur". Le candidat est alors invité à candidater dans l'académie de son domicile.

À travers cette mention, "on comprend qu'il va y avoir un quota de bacheliers acceptés hors de leur académie. Mais quel quota a été fixé et quels domaines sont concernés ? On n'en sait rien et c'est dissuasif pour les futurs étudiants", constate Valérie Robert, maître de conférence à Paris 3, interrogée par Europe1.fr. "On a donc une sélection sur dossier et probablement géographique ce qui implique une sélection sociale par la suite", déplore-t-elle encore.

En réalité, il s'agit d'une "zone d'ombre, d'un piège", explique Delphine de Guillebon, co-fondatrice du réseau Eurêka Study. Officiellement les lycéens peuvent candidater dans toute la France, sauf formations particulières. Mais il existe une restriction : les recteurs de chaque académie de définissent un quota, différent pour chaque formation, d'étudiants venus d'autres académies.

Et ces quotas ne seront pas connus avant le 31 mars  date à laquelle les futurs bacheliers devront avoir confirmé tous leurs vœux. "Il est donc fortement conseillé de postuler dans son académie" pour maximiser ses chances d'être accepté, détaille la spécialiste. Deuxième élément laissé à la discrétion des recteurs, comme avec ABP : les critères définis pour retenir les candidats qui feront partie de ce quota.


>> La réponse du ministère : "La mention 'Vous êtes hors secteur' sert uniquement à informer le candidat qu'il postule dans une autre académie que la sienne", explique-t-on au ministère. "Ce qui ne veut pas dire qu'il ne peut pas faire ce vœu. Cela ne doit pas le dissuader de postuler."

Une réorientation compliquée. Les redoublants doivent se réinscrire directement auprès de leur établissement. En revanche, pour les étudiants qui choisissent de changer de filière après une première année dans le supérieur, la réinscription se fait, dans ce cas, sur Parcoursup. Et la procédure est loin d'être simple.

Tout d'abord, ils doivent récupérer un "certificat de réorientation" auprès du CIO ou du centre de réorientation de l'établissement dans lequel ils sont actuellement inscrits. Ce document dit "optionnel" sur le site de Parcoursup est pourtant obligatoire lorsqu'on veut valider un vœu, explique Amandine, 19 ans, interrogée par Europe1.fr. "Mais vous imaginez bien qu'à cette période de l'année, ça se bouscule un peu pour prendre un rendez-vous".

La jeune étudiante déplore également que les notes de sa première année comptent pour son dossier. "Difficile d'avoir un dossier suffisamment bon pour se faire remarquer au milieu des milliers de néo-bacheliers lorsqu'on est déjà étudiant" et que l'on a choisi une formation par défaut avant de pouvoir en changer l'année suivante. Elle ajoute également que les lycéens bénéficient des appréciations et de l'appui de leurs professeurs pour faire avancer leur dossier  tandis que les étudiants n'ont que leurs bulletins d'année post-bac à faire valoir.

"Si la filière demandé n'est pas en tension, il n'y a aucune raison pour qu'un étudiant en réorientation se retrouve sans formation."

Autre difficulté à affronter, les étudiants en réorientation servent à combler les places vacantes et ne sont pas prioritaires sur les formations qu'ils demandent. Amandine pourrait donc de nouveau perdre un an si elle n'obtient pas le BTS audiovisuel qu'elle avait déjà demandé l'année précédente et qu'elle doit choisir une formation par défaut qui a encore de la place.

C'est là la grande évolution du système Parcoursup, conçu pour être "plus humain". Les lettres de motivation permettent d'expliquer sa situation et peut-être de justifier des notes qui ne sont pas à la hauteur, explique-t-on au ministère de l'Enseignement supérieur.

Par ailleurs, il n'y a pas de hiérarchie entre les vœux des futurs bacheliers et des étudiants, les seconds ne sont pas défavorisés par rapport aux premiers. "Il faut en finir avec ce mythe", martèle-t-on au ministère. "Si la filière demandé n'est pas en tension, il n'y a aucune raison pour qu'un étudiant en réorientation se retrouve sans formation."

Une affectation (presque) assurée. En cas de non-affectation au-delà du 26 juin (début de la phase complémentaire qui s'achèvera le 21 septembre) une commission va se réunir pour étudier les dossiers des candidats et leur proposer une formation au plus proche de leurs vœux d'origine. C'est pourquoi Valérie Wasson, co-fondatrice d'Eurêka Study conseille vivement aux candidats de remplir avec attention la section "préférences" de Parcoursup afin que la commission puisse bien comprendre le projet professionnel.

Malgré ce système, "il manque encore 50.000 places", selon Valérie Robert, maître de conférences à Paris 3. Comme l'année précédente, certains candidats vont donc sans doute se retrouver sans formation à l'issue de cette procédure de dernier recours.