"On n’en peut plus à l’hôpital" : le coup de gueule d’un médecin urgentiste

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Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et membre de la CGT-Santé, tire la sonnette d’alarme après le suicide d’une laborantine à l’Hôtel Dieu, à Paris, la semaine dernière.

Un médecin urgentiste s’alarme après le suicide d’une technicienne de laboratoire, la semaine dernière à l’Hôtel Dieu, à Paris. "On n’en peut plus à l’hôpital. C’est un cri d’alarme. Ça suffit", a tonné Christophe Prudhomme, interrogé mercredi soir sur Europe 1, et qui pointe du doigt les coupes budgétaires à l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris).

"Elle voulait que son suicide serve à quelque chose." Cette femme, âgée d’une trentaine d’années, s'est donnée la mort vendredi dans les locaux du service central de la médecine du travail de l'AP-HP, situé à l'Hôtel Dieu, au cœur de la capitale. Trois jours plus tôt, elle avait prévenu de son passage à l'acte dans un courriel évoquant un "événement tragique".

"Elle avait alerté pour dire qu’elle allait passer à l’acte et souhaitait que son suicide serve à quelque chose. Elle voulait faire savoir ce qu’elle avait subi : la succession de contrats à durée déterminée, le fait qu’elle avait été obligée d’aller au tribunal administratif pour obtenir le paiement des heures supplémentaires et son attente de titularisation depuis de nombreuses années", a expliqué Christophe Prudhomme.

"On souhaiterait que Martin Hirsch soit condamné". Pour le médecin, membre de la CGT-Santé, ce drame s’explique avant tout par les économies budgétaires imposées par la direction actuelle de l’AP-HP, le directeur général Martin Hirsch en tête. "Martin Hirsch applique des mesures d’économies budgétaires intolérables à l’AP-HP, qui est le plus grand hôpital d’Europe", a estimé Christophe Prudhomme.

"L’attitude du directeur général est méprisante. On souhaiterait que Martin Hirsch soit condamné, qu’il assume ses responsabilités. Monsieur Hirsch explique qu’il faut humaniser l’hôpital, mais dans le même temps il y a des réductions d’effectifs et de lits", a poursuivi le médecin.

"Ça fait des années que ça dure." "Aujourd’hui, ça craque de partout. La pression vient souvent des collègues, de la hiérarchie. La situation est très tendue aujourd’hui à l’hôpital. Nous avions déjà alerté la précédente ministre, Marisol Touraine. Ça fait des années que ça dure. La situation est pire que celle que France Télécom a connue à ses heures les plus sombres", a assuré le médecin urgentiste.

"Ce qu’on subit aujourd’hui à l’hôpital est intolérable. On nous demande, dans mon groupe hospitalier en Seine-Saint-Denis, de rendre 55 emplois de personnels soignants et 8 postes de médecins. On ne peut pas faire plus avec moins", a conclu Christophe Prudhomme. Le syndicat SUD a recensé au moins 9 suicides en 2017 chez les agents de l'AP-HP, et 5 depuis le début de l'année.