"À Calais, nous avons peur d'une chasse à l'homme"

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Près de 48 heures avant le démantèlement de la "Jungle" de Calais, Christian Salomé, président de l'association l'Auberge des migrants, exprime son inquiétude quant au sort d'une partie des réfugiés.

L'évacuation de la "Jungle" de Calais doit commencer lundi dès 8 heures, et s'étaler sur une semaine. Près de 6.000 personnes sont concernées et, déjà, deux discours s'opposent. Alors que Bernard Cazeneuve assure que le gouvernement réussira "cette opération humanitaire", les associations, de leurs côtés, ne cachent pas leurs inquiétudes. Christian Salomé, président de l'association l'Auberge des migrants qui distribue près de 5.000 repas par jour dans le camp, évoque samedi au micro d'Europe 1, les perspectives qui attendent désormais les migrants.

"Les sacs sont prêts, ils attendent lundi". "Nous sommes satisfaits que ce bidonville soit détruit", affirme Christian Salomé, qui parle de "réfugiés" et non pas de "'migrants" : "97% d'entre eux viennent de pays en guerre". Le président de l'association espère pouvoir convaincre jusqu'à 5.000 personnes de rester en France : "Certains sont impatients d'aller dans un centre d'accueil", raconte Christian Salomé, "les sacs sont prêts, ils attendent lundi".

La crainte de la chasse l'homme. Mais il y a aussi les autres qui n'attendent qu'une seule chose : traverser la Manche. "Ils veulent rejoindre leurs familles, leurs enfants, leurs conjoints", commente Christian Salomé qui fait part d'un pressentiment pessimiste : "Ceux-là ont le choix : soit vous allez en centre de rétention, soit vous allez vous cacher dans Calais." Et surtout, la crainte de violences consécutives à l'évacuation du camp et celle d'une chasse à l'homme organisée : "Cette phase nous fait peur", confie Christian Salomé qui assure que les migrants ne "créent pas la violence". "Ils vont se réfugier dans des maisons abandonnées, dans des usines en ruine, dans des bois, d'où le mot "jungle", ça veut dire "bois" en pachto (langue parlée en Afghanisan, ndlr)".

Près de 1.200 gendarmes et policiers seront mobilisés pour sécuriser le site mais une autre crainte pointe aussi pour les associations : la possible intervention des militants no borders qui militent de manière radicale pour que les migrants puissent passer en Angleterre. A ce titre, Natacha Bouchart, maire (LR) de Calais, regrettait que la date de l'évacuation ait été rendue publique.

Le délicat problème des mineurs. Alors que les associations resteront présentes la semaine prochaine, tout au long de l'évacuation avec la distribution de 7.000 sac à dos valises, Christian Salomé évoque son inquiétude quant aux mineurs isolés étrangers dont le sort reste incertain. Sur les 1.300 qui vivent dans le camps, beaucoup souhaitent rejoindre leurs familles en Angleterre, qui demande des tests dentaires pour déterminer s'ils sont bien majeurs ou mineurs. "Près de 300 mineurs ont des familles quasiment prouvées en Angleterre. Restent 1.000 autres". Et parmi ceux-là, ceux qui se déclarent majeurs pour demander l'asile et ceux qui se déclarent majeurs "parce-qu'on leur a dit que c'était mieux".