Notre-Dame-des-Landes : les zadistes ne lâchent rien

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Notre-Dame-des-Landes : les zadistes ne lâchent rien
Les zadistes ont reçu le soutien de renforts, compliquant la tâche des gendarmes, ces derniers jours. @ AFP
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Après une semaine d'évacuations, les gendarmes déblaient les routes et maintiennent l'ordre dans la Zad. Mais ils font face à des occupants de plus en plus nombreux. 

L'immense charpente avait été installée dans la nuit, portée à travers champs par une centaine de zadistes. Lundi matin, les gendarmes ont évacué les occupants installés au sommet de la structure de bois, surmontée d'un doigt d'honneur sculpté, avant de procéder à son découpage méthodique à la tronçonneuse. Ce genre de scène devient habituelle à Notre-Dame-des-Landes, une semaine après le début des opérations d'évacuation de la Zad (zone d'aménagement différée, devenue zone à défendre). Officiellement achevé, le temps des expulsions a laissé place à celui du maintien de l'ordre. Mais face aux CRS, les militants sont chaque jour plus nombreux, faisant craindre un enlisement.

Quelle est la situation à Notre-Dame-des-Landes ?

"On ne peut pas négocier avec une arme sur la tempe, avec une occupation militaire", résume un zadiste. Après les évacuations méthodiques des premiers jours - une trentaine de squats détruits -, la préfète Nicole Klein a annoncé que l'objectif des autorités était atteint, jeudi. Mais quid des expulsions ? La préfecture reconnaît "ne pas savoir" où se trouvent les occupants des lieux de vie rasés. Le service relations médias de la Zad affirme de son côté que le nombre de personnes présentes sur le site ne cesse d'augmenter, suggérant que les destructions n'ont pas suffi à chasser les zadistes.

Ce statu quo fait craindre que la progression rapide des forces de l'ordre, en début de semaine dernière, n'ait pas durablement "réglé" la question des occupants illégaux de la zone qui devait accueillir le projet d'aéroport. La semaine dernière, les 2.500 gendarmes sur place avaient encerclé la Zad avant le début des opérations, afin d'empêcher des soutiens extérieurs de venir soutenir les occupants pour compliquer les expulsions. Efficace dans un premier temps, le dispositif ne semble plus l'être : lundi matin, ce ne sont plus 250 mais 750 personnes qui étaient installées à Notre-Dame-des-Landes. La fameuse D281, ancienne "route des chicanes", entièrement dégagée en milieu de semaine dernière, doit à nouveau être déblayée par les gendarmes chaque matin.

Qui sont ces nouveaux occupants ?

"J'étais une personne juste modérée et ce qu'il (Emmanuel Macron, ndlr) a gagné, c'est que moi, comme d'autres, on se radicalise" expliquait une éducatrice spécialisée venue d'Ille-et-Vilaine, lundi matin sur Europe 1. La violence des destructions et les méthodes employées par les gendarmes lors des affrontements, notamment les gaz lacrymogènes, ont convaincu certains sympathisants de rejoindre la zone. "Une solidarité vient de se créer", affirme cette femme. "C'était déjà le cas, mais c'est encore plus fort que d'habitude".

À ces occupants convaincus viennent s'ajouter des "black blocs", habitués des manifestations altermondialistes, selon le directeur général de la gendarmerie nationale Richard Lizurey. Déjà présents à Notre-Dame-des-Landes avant l'abandon du projet d'aéroport, ces militants vont de cause en cause et ne craignent pas la confrontation avec les forces de l'ordre. "Ils forment des groupes éphémères, dont l'objectif est de commettre des actions illégales, en formant une foule anonyme non identifiable", décrivait en 2014 l'ex-porte-parole du ministère de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet.  Lundi, Gérard Collomb a dénoncé l'action de "professionnels de la confrontation", "qui tournent de lieu en lieu, là où ça leur semble le plus excitant".

Quelle est la stratégie du gouvernement ?

L'exécutif garde en mémoire le souvenir de l'opération César, avortée à Notre-Dame-des-Landes en 2012 après un "enlisement" des troupes de gendarmerie face à des zadistes toujours plus nombreux. "Il y a une phase de négociation pour traiter les projets dignes, les projets respectueux, les projets alternatifs dans le cadre républicain, mais pour le reste, l'ordre sera fait parce que notre République a besoin d'ordre et d'égalité", a déclaré Emmanuel Macron, dimanche soir. Un délai supplémentaire a donc été accordé aux zadistes, y compris expulsés : tous ont jusqu'au 23 avril pour amorcer un "processus de régularisation" en déposant en préfecture leur dossier de projet agricole.

Lundi après-midi, une réunion des occupants de la Zad devait leur permettre de dégager une position commune face à la préfète Nicole Klein. Celle-ci, offrant d'examiner les situations au cas par cas, propose de rencontrer une délégation de zadistes, partisans, eux, d'une gestion collective des terres. Son invitation est pour l'instant restée sans réponse.