Nordahl Lelandais, un homme "instable" qui a connu "beaucoup d'échecs"

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PORTRAIT - Réformé de l'armée pour son "comportement psychologique", l'ex maître-chien, sans emploi, était retourné vivre chez ses parents. Il est aujourd'hui mis en examen pour deux meurtres.

Jusqu'à lundi, Nordahl Lelandais était "le principal suspect" de l'enlèvement et du meurtre de Maëlys, neuf ans, disparue fin août lors d'un mariage en Isère. Un trentenaire connu pour des faits de petite délinquance et de trafic de drogue, désigné par un faisceau d'indices mais muré dans le silence. Déjà mystérieuse, l'affaire a pris une toute autre ampleur en quelques jours : après avoir effectué des recoupements, les gendarmes ont établi plusieurs liens entre cet homme et un autre meurtre, celui du caporal Arthur Noyer. À nouveau mis en examen pour "assassinat" mercredi, Nordahl Lelandais ne parle toujours pas. Mais les enquêteurs, qui vérifient son emploi du temps au moment d'autres disparitions suspectes survenues dans la région, évoquent désormais à demi-mot la piste d'un tueur en série.

Passionné par les chiens. Dans son petit village de Domessin, en Savoie, Nordahl Lelandais est un enfant du pays. Assaillis par les journalistes, les habitants de la commune se souviennent d'un adolescent "normal", se déplaçant à mobylette. Le jeune homme, féru de chasse et de pêche, arrête le lycée avant d'avoir obtenu son bac. En 2002, il s'engage dans l'armée à l'âge de 19 ans et rejoint une caserne de Suippes, dans la Marne. Au sein du 132ème bataillon cynophile, il se prend de passion pour les chiens.

Sur sa page Facebook, rapidement désactivée après son arrestation, Nordahl Lelandais partage des dizaines de photos de bergers belges malinois, la race utilisée par les forces de l'ordre comme renifleurs d'explosifs ou de drogue. Visage carré, crâne rasé et muscles saillants, il pose volontiers torse nu, affiche son intérêt pour les sports de combat. Sur le compte de son frère Sven, toujours actif, on le voit au bord de la mer, portant un énorme tigre en peluche à bout de bras. Les clichés le montrent rarement souriant.

Un an sous bracelet électronique. Nordahl Lelandais passe cinq ans dans l'armée. En 2007, il est réformé "P4", à cause de son "comportement psychologique instable" et, selon plusieurs témoignages recueillis par Paris Match, de sa consommation de drogues. Rentré au village, le jeune homme tente de monter sa société d'élevage canin mais fait rapidement faillite, puis enchaîne les petits boulots et écope de ses premières condamnations, notamment pour des cambriolages. En 2008, il prend un an de prison ferme pour l'incendie d'un snack-bar de la région. La peine est aménagée et purgée sous bracelet électronique.

Nordahl Lelandais continue de travailler ponctuellement, dans tous les domaines. En 2012, il est brièvement employé comme chauffeur. "Au départ, ça s'est bien passé. Puis il est devenu ingérable, agressif. Il me faisait peur", se souvient son ancien patron auprès du Parisien. "Quand j'ai voulu mettre fin à notre collaboration, il a menacé de mettre le feu à mon entreprise." Dans la région, le suspect est décrit comme un petit délinquant. S'il n'a jamais été condamné pour ce motif, son trafic de drogue n'est un secret pour personne.

"J'ai cru vivre ma dernière heure". L'homme, à qui l'on ne connaît pas de longue histoire sentimentale, enchaîne les petites relations. Ses anciennes petites amies décrivent un "manipulateur", "menteur" et "violent", qui les aurait harcelées psychologiquement et physiquement après leur rupture. "Elles racontent toute la même chose : Nordahl les traquait, les harcelait, les suivait en voiture pour tenter de les percuter", témoigne un enquêteur interrogé par le Dauphiné Libéré. Selon la même source, l'une des jeunes femmes a confié qu'il l'avait conduite dans les bois "pour s'expliquer". "J'ai cru vivre ma dernière heure", a-t-elle affirmé aux gendarmes.  

Plusieurs jeunes femmes affirment en outre que leurs ébats ont été filmés à leur insu, puis mis sur internet. Dans l'historique du matériel informatique du suspect, les enquêteurs ont trouvé des recherches suspectes avec les mots-clés "décomposition d'un corps humain", élément à charge dans le dossier Arthur Noyer, mais aussi de très fréquentes consultations de sites pornographiques, mettant notamment en scène des adolescentes, selon France Bleu.

"Il était un peu marginal". Mobilisée derrière lui, la famille du suspect en brosse un portrait tout à fait différent. Surnommé "tonton Nono" par les enfants de ses proches, l'ancien militaire est un "gentil garçon qui ne ferait de mal à personne" selon sa mère, qui craint qu'il ne devienne "un nouveau Patrick Dils (condamné puis acquitté dans le dossier du double meurtre de Montigny-lès-Metz, ndlr)". "Il est très proche de mon fils avec qui il joue à chaque fois qu'ils sont ensemble. Il n'a jamais eu de geste violent ou déplacé vis-à-vis de lui", a assuré sa soeur au Parisien.

Mais en dehors du cercle familial, Nordahl Lelandais a peu de fréquentations. "Il commandait un café ou un diabolo-menthe, achetait deux "Cash" (un jeu à gratter, ndlr) et s'installait en terrasse. Il ne traînait pas avec les gens du coin", se souvient Paule, patronne d'un bar d'une commune voisine de Domessin, auprès de Francetvinfo. "Il n'avait pas la vie classique d'un jeune de son âge, il était un peu marginal et a connu beaucoup d'échecs", renchérit un enquêteur, interrogé par la même source.

Souffrant d'une double hernie discale, Nordahl Lelandais ne travaille plus depuis quelques mois au moment du mariage où il croise la route de Maëlys, en août dernier. Retourné vivre chez ses parents, il s'invite à la cérémonie pour fournir "quelques produits" aux invités. Dans sa voiture, les enquêteurs retrouveront une trace correspondant à l'ADN de Maëlys. Les caméras de vidéosurveillance révéleront aussi ses nombreux allers-retours effectués au cours de la soirée, dont certains avec une silhouette frêle, "semble-t-il un enfant", sur le siège passager.

"Un bloc de béton pris dans la glace". Depuis son interpellation, l'ancien militaire "s'exprime calmement, avec beaucoup de sang-froid", niant en bloc toute implication. En garde à vue dans le dossier Arthur Noyer, en début de semaine, il s'est à nouveau montré "imperturbable", selon un enquêteur cité par Le Parisien. "Comme un bloc de béton pris dans la glace."