Mosquée de Gennevilliers : où en est-on, huit mois après la fermeture ?

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Depuis fin 2015, l'Etat a fermé une vingtaine de mosquées accusées "d'appeler à la haine". Celle de Gennevilliers a fermé il y a huit mois.

REPORTAGE

En vertu de l’état d’urgence, le ministre de l’Intérieur et le préfet "peuvent ordonner la fermeture provisoire des salles de spectacles, débits de boissons et lieux de réunion de toute nature". Et ils semblent mettre ce droit exceptionnel en application. Une vingtaine de mosquées accusées "d'appeler et de provoquer à la haine" ont ainsi été fermées depuis fin 2015, selon Bernard Cazeneuve. "Il y en aura d'autres", promet le ministre de l'Intérieur. À chaque fermeture de mosquées, des fidèles sont laissés sur le carreau, comme l'a constaté Europe 1 lors d'un reportage à Gennevilliers. 

Des prêches uniquement en arabe. Ainsi, près du port de cette commune de la proche banlieue parisienne, l'ancienne mosquée se dresse, vide, au milieu d’entrepôts. Les portes sont scellées et des barrières installées autour empêchent quiconque de rentrer. La mosquée, qui accueillait jusqu'à 700 fidèles, a été fermée en novembre 2015 sur ordre de la préfecture. Depuis plusieurs années, l'imam de cette mosquée était dans le collimateur des autorités. Il prêchait (uniquement en arabe) un discours "radical" selon le ministère de l'Intérieur.

"On ne ferme pas une mosquée comme ça". Depuis huit mois, les fidèles de la mosquée du porc doivent donc se rendre à Epinay, Argenteuil ou dans une autre mosquée dans le centre-ville de Gennevilliers. Et cela ne ravi pas tout le monde. "Ils sont venus trois semaines avant la fermeture. Ils nous ont surveillés. Ils sont rentrés à l'intérieur de la mosquée. C'est politique la fermeture de cette mosquée", déplore au micro d'Europe 1 Abdelaziz, un fidèle. "On ne détruit pas une mosquée, on ne détruit pas une église, on ne détruit pas une synagogue comme ça. Vous vous rendez compte, pendant quarante ans on a prié dedans. Nous ne sommes pas des intégristes, nous sommes des Français. On demande juste à pouvoir pratiquer notre religion", assure-t-il.

L'imam avait une ligne "dure", "farfelue". Pourtant, la question de la fermeture de cette mosquée traîne depuis longtemps. D'une part, elle posait des questions de sécurité et de voirie : en l'absence de parking digne de ce nom, les pratiquants se garaient en double-file, gênant le passage des camions. Puis il y avait cet imam de 70 ans, accusé d'être un peu trop "extrémiste" dans ses prêches. Depuis la fermeture, l'imam fréquente la mosquée d'Asnières, ville voisine. Il s'y rend pour prier. Mais il n'a plus le droit d'y prêcher.

Il avait une ligne "plus dure, plus farfelue. Mais, attention, il n'y a eu aucun appel au djihad ou à l'action directe. Quelques fidèles de cette mosquée sont venus chez nous après la fermeture. Nous restons très vigilants", témoigne dans Le Parisien Abdelbaki Attaf, administrateur de l'association Ennour, qui gère la moquée du centre-ville de Gennevilliers.

Une mosquée à proximité de site "Seveso". La présence de plusieurs sites classés "Seveso", c'est à dire présentant des risques d'accidents, près de la mosquée, ont fini de convaincre les autorités de prononcer la fermeture. Selon l'hebdomadaire Marianne, lors de la fermeture, les autorités ont découvert, près de la mosquée, "un scooter appartenant à un homme probablement en fuite, des sabres japonais, des couteaux et des poignards saisis dans une caravane à l'abandon, plus un fusil à air comprimé, sans oublier un garage sauvage installé dans l'arrière-cour, un atelier où l'on repeignait les voitures au black".