Montreuil : quand une rumeur de pédophilie à l'école met la ville sous tension

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Montreuil : quand une rumeur de pédophilie à l'école met la ville sous tension
Photo d'illustration@ AFP
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Depuis une quinzaine de jours, une polémique autour de soupçons de pédophilie agite la commune dyonisienne et les réseaux sociaux. 

D'un côté, les parents d'un petit garçon, convaincus que leur fils de quatre ans a été victime d'une agression sexuelle à l'école maternelle Jules Ferry, à Montreuil. De l'autre, une enquête classée sans suite, et une municipalité et une école qui portent plainte pour diffamation et menaces. Depuis quelques jours, la pression monte dans les rues de la commune dyonisienne, autour des accusations portées par les parents de Cais envers le personnel du centre aéré de cette école maternelle.

Une vidéo vue plus de 500.000 fois. Pour faire entendre leur voix, les parents se sont rapprochés d'une association panafricaine, "Unité, dignité, courage" (M-UDC). Sur la page Facebook du groupe, une vidéo dans laquelle la mère de Cais prend la parole a été visionnée plus de 580.000 fois, depuis dimanche dernier. "Je suis la maman du petit qui a subi une agression sexuelle", dit-elle pour se présenter. Elle raconte avoir remarqué un changement de comportement chez son fils, après le 21 juin dernier, jour où les faits seraient survenus. "Il est devenu de plus en plus de mauvaise humeur, un peu colérique, il s'enferme sur lui-même", décrit-elle.

PARENTS

Capture d'écran de la vidéo mise en ligne sur YouTube et Facebook

"Un jouet dans les fesses". "Il hurlait aux toilettes", poursuit-elle, précisant que Cais a pourtant "une bonne digestion" et n'est "pas constipé". "J'ai compris directement qu'il s'était passé quelque chose", ajoute-t-elle, affirmant avoir retrouvé "des traces blanchâtres sur [les] sous-vêtements" de son fils. Le père, Stéphane, qui a témoigné auprès de Buzzfeed, donne plus de précisions : "Il nous a dit qu’il avait été seul dans une pièce et que trois enfants avaient rentré un jouet dans ses fesses. Il a dit qu’il a eu plusieurs pénétrations en faisant le signe de 4 avec ses doigts et des claques sur les fesses". Stéphane en est convaincu, "des animateurs étaient aussi présents".

Une enquête ouverte, mais classée sans suite. Immédiatement, les parents font examiner leur petit garçon à l'hôpital Robert Debré, où les médecins écartent la constipation et notent une fissure anale. Le 23 juin, ils déposent une plainte contre X au commissariat de la commune. Ils sont également auditionnés, avec Cais, par la brigade des mineurs chargée de l'enquête. Le garçonnet est examiné par l'unité médico-légale de l'hôpital Jean Verdier. Mais un autre diagnostic est posé : le corps médical juge que la fissure peut être due, certes à l'introduction d'un jouet, mais aussi à une constipation de l'enfant.

Durant son audition par les policiers spécialisés, Cais a cité des prénoms. "Ils ont tous été vérifiés. Il ne s'agit en fait d'aucun adulte, mais d'enfants", confie une source proche du dossier à L'Express. D'après cette source, "cette blessure résulte de jeux très bizarres entre enfants", . Selon la procureur de la République de Montreuil, citée par la mairie de Montreuil, "l’enquête diligentée" n'a établi "aucune infraction pénale" et fait donc "l’objet d’un classement sans suite".

"Si l'enfant avait été blanc"… Mais, les parents du petit garçon et l'association M-UDC, très active, ne comptent pas en rester là et agitent les réseaux sociaux. Sur change.org, une pétition a été mise en ligne pour alerter "la presse et l'opinion publique afin d'éviter que l'affaire ne soit enterrée". Elle regroupe désormais 41 863 signatures. Un hashtag #JusticeforCais est même apparu sur Twitter et Facebook, mobilisant de nombreux internautes. Interrogé par Libération, un adjoint à la mairie de Montreuil déplore que l'histoire "triste" soit "mise en scène sur les réseaux sociaux avec l’aide du M-UDC qui surfe sur la polémique pour faire le buzz".

Sur une majorité de tweets, l'idée d'une justice à double vitesse - sur fond de racisme - émerge : "Chuis loin d'être raciste mais on va pas se mentir : si l'enfant aurait été blanc, on aurait déjà arrêté le coupable (sic ; ndlr)", peut-on lire sur l'un d'eux. "On sait tous que si l'enfant avait été blanc l'affaire aurait fait le tour des médias. Et ça on le sait pertinemment", écrit un autre utilisateur. Après la mort d'Alton Sterling, un Afro-Américain abattu mardi soir dans sa voiture par un policier, certains sur Facebook lient même les deux affaires. 

CAPTURE

Capture d'écran Facebook

Plaintes pour diffamation et menaces. A Montreuil depuis le début de l'affaire, la tension est vive entre le personnel de l'école, la mairie et les membres de l'association. Accusations lancées au mégaphone devant les parents et élèves à l'entrée de l'école, irruptions au sein des salles de classe... Mardi, dans un communiqué, la FCPE a déclaré : "Les autres parents et les quelques 200 élèves de la maternelle, sont bouleversés et angoissés par les actions virulentes et régulières, encore lundi 4 juillet, du comité de soutien de la famille. Les actes d’intimidation et les accusations de ce collectif [...] ont conduit des parents de Jules Ferry à porter plainte". La directrice de l’établissement scolaire a déposé plainte pour menaces, tandis que la municipalité, elle, a indiqué avoir déposé plainte pour diffamation.  



Un rassemblement vendredi devant la mairie de Montreuil. Contacté jeudi par Europe 1, le porte-parole de l'UDC, Mwazulu Diyabanza soutient fermement que la mairie de Montreuil et les institutions locales "ont la volonté manifeste d'étouffer l'affaire". "Nous allons porter plainte pour viol sur mineur", je vous l'annonce, a-t-il insisté. Ce jeudi soir, de 18 à 20 heures, à la librairie de littérature africaine Tamery, dans le 10ème arrondissement de Paris, il promet d'ailleurs de dévoiler "de nouveaux éléments", notamment sur le profil du "suspect" que Cais aurait décrit plus précisément. Durant son audition, le petit garçon n'aurait pourtant pas évoqué de nom d'adulte. 


Pourquoi cette association s'intéresse-t-elle à cette affaire ?

Prônant "la lutte contre toute forme d'oppression", l'association panafricaine entend agir "face à la suprématie et à l'infériorité raciale, source des multiples divisions". Comment se fait-il alors qu'elle se soit engouffrée dans cette affaire d'agression sexuelle ? "Si on s’empare de cette affaire, c’est, d’une part, parce que le papa de la victime est membre de notre association, a expliqué Mwazulu Diyabanba à 20 Minutes. C’est aussi et surtout parce que notre association panafricaine lutte contre toute forme de domination. La pédophilie en est une."