"Montigny, ce n'est pas moi" : Heaulme clame son innocence à son procès

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"Montigny, ce n'est pas moi" : Heaulme clame son innocence à son procès
Trente ans après le double-meurtre de Montigny-lès-Metz, Francis Heaulme comparaît depuis mardi devant les assises de Moselle. @ BENOIT PEYRUCQ / AFP
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Au premier jour de son procès pour le meurtre de deux enfants en Moselle en 1986, Francis Heaulme a de nouveau clamé son innocence depuis le box des accusés.

"J'ai commis des meurtres, je le reconnais, mais Montigny, ce n'est pas moi" : au premier jour de son procès pour le meurtre de deux enfants en Moselle en 1986, Francis Heaulme, qui a toujours nié, a de nouveau clamé son innocence.

Heaulme clame son innocence. Soupçonné d'avoir tué à coups de pierre Cyril Beining et Alexandre Beckrich, âgés de 8 ans, le "routard du crime", assis dans le box des accusés depuis le matin, s'est levé alors que l'affaire était résumée par le président. Ce dernier, croyant que Francis Heaulme demandait une interruption, lui a donné la parole. "J'ai commis des meurtres, je le reconnais, mais Montigny, ce n'est pas moi. Ce n'est pas moi", s'est alors exclamé Francis Heaulme, visiblement énervé. Extrêmement pâle, saisi de tremblements fréquents, il s'est ensuite rassis, bras croisés.

Long et lourd récit de ce dimanche de septembre 1986. "Cela s'est passé le 28 septembre 1986. C'était un de ces dimanches ensoleillés que l'on apprécie en ces premiers jours d'automne", avait commencé quelques heures auparavant le président, Gabriel Steffanus. La mère de Cyril, présente mardi matin, n'était plus là pour écouter le récit des dernières heures de son fils. Son ex-mari, est, lui resté entendre ce long et lourd récit. En ce dimanche 28 septembre, "la rue Vénizelos est calme, elle appartient aux enfants", raconte Gabriel Steffanus. Ils jouent sur la voie ferrée, en haut du talus, sur le ballast, entre les wagons. 

Une scène "horrible, insoutenable". Mais deux ne rentrent pas. Quand la nuit tombe à 18h52, les parents, inquiets, sont déjà en train de faire le tour du quartier. Quelques minutes plus tard, les deux corps sont découverts, le crâne enfoncé à coups de cailloux. "Les visages étaient ensanglantés, je suis resté figé quelques instants devant les corps, la scène est horrible, insoutenable", écrit le premier enquêteur arrivé sur les lieux. La présence de Francis Heaulme non loin du talus ne sera avérée que des années plus tard.

Une affaire hors norme. Entre temps, Patrick Dils, 16 ans, est arrêté. Il avoue en garde à vue, se rétracte, mais est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1989. Acquitté en 2002, au terme de trois procès, il sera entendu en visio-conférence. Un autre homme avait aussi avoué les meurtres, dès 1986 : Henri Leclaire, un manutentionnaire. Mis en cause lors du premier procès Heaulme, en 2014, Henri Leclaire sera blanchi en janvier 2017. 

Heaulme déjà condamné pour neuf meurtres. La défense de Heaulme juge le procès "inéquitable" : aucune preuve matérielle n'a été conservée. Outre les habits des enfants, égarés, comme le wagon sur lequel du sang avait été aperçu, les scellés ont été détruit en 1995. Patrick Dils est alors en prison, et leur destruction est légale. Mais "à l'époque, on dispose d'un moyen technique qui permet à 100% de vous exonérer ou de vous condamner : l'ADN !", s'exclame Me Liliane Glock. "On a mis Francis Heaulme dans le box, ce n'est pas n'importe qui (...) mais c'est de la poudre aux yeux", ajoute l'avocate. Son client, déjà condamné pour neuf meurtres, a bien évoqué sa présence sur les lieux. Mais il a donné aux enquêteurs plusieurs versions. "Ce n'est pas moi, j'ai vu le meurtrier c'est tout", argue Heaulme dont le récit est fluctuant. "Des fois je dis la vérité, des fois je mens", résume le tueur en série dans ses PV d'audition. "Pour faire l'intéressant." 

Une centaine de témoins attendus. Pour trancher, cour et jurés entendront une centaine de témoins, laissant un tout petit espoir aux familles de connaître la vérité. "Nous pensons qu'il y a à l'endroit de monsieur Heaulme des éléments troublants, des présomptions précises, graves, significatives, concordantes et nous espérons que le débat oral, permettra de les fortifier, de les amplifier, pour que si faire ce peut, les jurés puissent se forger une conviction", a déclaré avant l'audience Me Thierry Moser, avocat du père d'Alexandre. Plus qu'un espoir, la mère de Cyril a une seule question : "Ça va être fini, cette fois ?", a-t-elle demandé à son avocate, Me Dominique Boh-Petit. Le verdict est attendu le 18 mai.