Mineurs et migrants, ils vivent un cauchemar en France

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Mineurs et migrants, ils vivent un cauchemar en France
@ PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Prostitution ultra "low cost", viols, précarité… L'Unicef publie une étude alarmante sur les jeunes migrants isolés. 

Ils vivent dans la précarité, l'angoisse et la solitude. Et ils constituent des proies faciles pour les passeurs qui les exploitent. Ces derniers en font des prostitués plus que "low cost"… Le tout sans protection des autorités. Une étude publiée jeudi par l'Unicef France dresse un tableau alarmant de la situation des migrants mineurs isolés en France. Cette enquête, menée de janvier à avril 2016 par trois sociologues en lien avec le Fonds des nations unis pour l'enfance, estime à 500 le nombre de mineurs non accompagnés (MNA) sur les sept sites étudiés en Nord-Pas-de-Calais et Normandie, dont les "jungles" de Calais et Grande-Synthe.

"Cauchemars à répétition"… Intitulée "Ni sains, ni saufs", et basée notamment sur les témoignages de mineurs, l'étude "met en évidence une série de violations de la Convention relative aux droits de l'enfant ratifiée par la France", écrivent les auteurs, qui dénoncent "une mise en danger permanente". Les mineurs interrogés disent, tous, souffrir du froid, de la fatigue due au manque de sommeil et aux tentatives répétées de passer en Grande-Bretagne. "Pourtant plus fragiles, ils s'installent dans les abris les moins bien isolés, ont du mal à accéder aux distributions de repas et n'ont aucune priorité aux douches", détaille le rapport.  "Outre les cauchemars à répétitions, les problèmes d'angoisses, de nervosité et d'agressivité, de plus en plus d'hospitalisations psychiatriques ont lieu à la demande des jeunes", souligne l'enquête.

Cinq euros la passe pour un billet vers l'Angleterre. Abordant la question du viol, l'étude met en avant le risque particulier pour les jeunes garçons afghans, qui "servent d'objets sexuels à travers la pratique du 'Batcha boz'" - des réunions "tenues comme légitimes par les Afghans" dans leur pays, où les garçons jouent le "rôle" des femmes. Sont également évoquées les questions de la prostitution et de la traite des êtres humains. Des Éthiopiennes, Érythréennes ou des Kurdes sont contraintes de se prostituer pour environ cinq euros la passe "pour réunir les 5.000 à 7.000 euros exigés pour le passage" au Royaume-Uni.

A Calais, les passeurs utilisent aussi des mineurs pour détourner l'attention de la police et faire entrer leurs clients dans les camions, pour vendre de la drogue ou voler des objets revendus plus tard sur un marché informel de la "Jungle".

Insuffisamment protégés. L'étude constate, enfin, l'insuffisance de la protection des MNA via des centres dédiés (seulement quatre places à Calais, 45 places à Saint-Omer distantes de 50 km) et "le manque de coordination des acteurs publics et associatifs". L'enquête fait 10 recommandations, parmi lesquelles la création de sites de protection, sécurisés et adaptés, en l'absence desquels toute évacuation de camp doit être évitée, une formation à la protection de l'enfance des fonctionnaires et du personnel associatif, et une plus grande attention portée à la réunification familiale, aux délais actuels trop longs.