Migrants : le ton monte après les débordements à Calais

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Migrants : le ton monte après les débordements à Calais
Une manifestation de soutien aux migrants a rassemblé quelque 2.000 personnes samedi. @ FRANCOIS_LO_PRESTI / AFP
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Sous la pression de la droite, Bernard Cazeneuve promet "d'assurer l'ordre public" à Calais. Huit personnes seront jugées lundi après des débordements samedi.

L'ESSENTIEL

"Attaquer un port, ce n'est pas anodin. C'est un lieu dangereux. Vous imaginez s'il y avait eu un ou deux mecs avec des bombes". A l'instar de la maire de la ville, Natacha Bouchart, de nombreuses voix se sont élevées dimanche pour réclamer davantage de sécurité à Calais, après les débordements de la veille, intervenus lors d'une manifestation de soutien aux migrants. Huit personnes seront jugées lundi en comparution immédiate, pour s'être introduits illégalement samedi soir sur un ferry. 

Rappel des faits. Samedi, une manifestation de soutien aux migrants rassemblant environ 2.000 personnes a donné lieu à quelques débordements. Une cinquantaine de migrants avaient notamment réussi à monter illégalement à bord d'un ferry dans le port, après avoir forcé un barrage de CRS. Ils y sont restés trois heures avant d'en être délogés. Au total, les forces de l'ordre ont "procédé à l'éviction de 350 migrants qui bloquaient le port de Calais". 35 personnes ont été interpellées - 26 migrants pour embarquement frauduleux sur un navire, et 9 militants du collectif "No Borders" -, et 15 ont été placées en garde à vue. Parmi eux, six migrants et deux militants seront jugés lundi en comparution immédiate. 

Un peu avant, des habitants s'en étaient pris oralement aux participants à la manifestation, organisée par le collectif "No Border", un réseau militant pour l'abolition des frontières. Un homme d'une cinquantaine d'années a également été interpellé par la police pour avoir braqué son fusil sur certains migrants.

>> Un tag "Nik la France", revendiqué par des manifestants, a aussi été photographié sur une statue de Charles De Gaulle :




Cazeneuve promet de la poigne mais pas plus de moyens. En réaction, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a répété dimanche dans un communiqué la "détermination totale du gouvernement à assurer l'ordre public à Calais". Toutefois, le ministre refuse pour le moment de mettre en oeuvre des moyens supplémentaires. "50 millions d'euros ont été accordés [...], 17 unités de forces mobiles (compagnies de CRS et escadrons de gendarmes mobiles) appuyées par les unités territoriales, la BAC, la  Police aux Frontières et des patrouilles très régulières sont mobilisées depuis plusieurs mois pour assurer la sécurisation de la ville de Calais et de ses habitants", rappelle Bernard Cazeneuve.

Et d'insister : "par ailleurs, les solutions humanitaires mises en place par le gouvernement (accélération des procédures d'asile, aménagement sanitaire du campement de la lande, départ de migrants vers des centres d'accueil et d'orientation ailleurs en France) ont permis de ramener le nombre de migrants présents à Calais à 4000, contre 6000". 

Insuffisant, selon la droite et le responsable du port. La réaction du ministre n'a pas calmé les responsables locaux, à commencer par la maire (LR) de Calais. "C'est une opération montée. Ils avaient déjà leur plan en tête pour aller attaquer le port. Ca ne s'est pas fait pas hasard. Tout cela aurait pu être évité", a martelé Natacha Bouchart lors d'une conférence de presse. "Ni les ministres, ni les services de l'Etat ne se rendent compte des conséquences de leurs décisions (et de leur inaction). C'est de l’inconscience. Pourquoi instaure-t-on l'état d'urgence partout en France sauf à Calais ?", a-t-elle enchaîné. 

Pour Xavier Bertrand, le président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, s'est également entretenu par téléphone avec le ministre de l'Intérieur. "La situation devient incontrôlable : il faut agir !", a-t-il déclaré. Invité de l'émission Le Grand Rendez-Vous d'Europe1/iTélé/Le Monde, Jean-Pierre Raffarin, sénateur LR, a appelé l'Etat "à ne pas rester spectateur". La situation durera "jusqu'à ce que l'Etat s'occupe vraiment de ce dossier", souligne l'ancien Premier ministre. Et de poursuivre : "ces gens-là sont nos frères. (Il faut) une vision européenne de l'immigration et de l'asile". Plus virulent, le député LR Eric Ciotti réclame dans un communiqué "des sanctions exemplaires" contre les auteurs des débordement, dénonçant "la passivité avec laquelle le gouvernement laisse prospérer ce campement de clandestins".

Natacha Bouchart, le député PS du Pas-de-Calais, Yann Capet, et Xavier Bertrand seront reçus le 3 février par le ministre de l'Intérieur. 


Raffarin sur Calais : "ces gens-là sont nos...par Europe1fr

Une contre-manifestation des commerçants. Localement, le débat dépasse largement le cadre politique. Dans un communiqué, le président du port de Calais, Jean-Marc Puissesseau, demande pour sa part "une réunion de crise extrêmement rapidement (...) avec les responsables locaux, régionaux, parlementaires et du gouvernement". En outre, quelque 2.000 personnes, selon la préfecture, ont défilé dimanche dans les rues de Calais, à l'appel de commerçants et professionnels du port venus "soutenir les emplois". Au long du parcours, des applaudissements depuis les fenêtres des immeubles avoisinants ont rythmé le défilé. En tête de la manifestation avait été déployée une grande bannière "Mon port est beau, ma ville est belle - soutenir notre ville, notre port, nos commerces et nos emplois" sans slogan ni signe politique distinctif.

Le collectif des entreprises et commerçants du Calaisis, qui regroupe une centaine d'acteurs économiques locaux (commerçants, restaurateurs, débitants de tabac, routiers...), a par ailleurs réitéré sa demande formulée mi-décembre d'un moratoire sur les taxes des commerçants du Calaisis en raison d'"une forte baisse de l'activité", due selon lui à la crise migratoire.