Calais : Londres promet 10 millions d'euros pour gérer les migrants

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Calais : Londres promet 10 millions d'euros pour gérer les migrants
@ PHILIPPE HUGUEN, P.HUGUEN / AFP
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Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a rencontré jeudi à Calais son homologue anglais Theresa May afin de conclure un accord sur la gestion des migrants. 

La France et l'Angleterre ont scellé jeudi un accord pour sur la gestion des migrants qui, depuis Calais, tentent par tous les moyens de franchir la frontière. Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur français recevait dans la ville du Pas-de-Calais son homologue britannique Theresa May pour mettre sur pied cet accord, alors que les chiffres de l'agence européenne Frontex ont révélé mercredi qu'en juillet, le nombre de migrants en Europe a triplé en un an pour atteindre 107.500.

Calais fait face depuis le début de l'année et plus particulièrement depuis le début de l'été à une recrudescence importante du nombre de migrants désireux de passer au Royaume-Uni. Présentation de cet accord.

Des équipes de fouille 24H/24. Dans le cadre de cet accord franco-britannique, le gouvernement britannique consacrera dix millions d'euros sur deux ans à la prise en charge des migrants à Calais. Le plan prévoit que la Grande-Bretagne alloue "des moyens supplémentaires" pour sécuriser le site d'Eurotunnel, et que des équipes de fouille de fret 24H/24 et 7 jours/7 soient mises en place. Il veut aussi créer une nouvelle salle de contrôle et un "commandement unifié" sous la houlette de deux responsables français et britannique pour lutter contre les réseaux, selon le texte.

"Un centre de commandement commun". Par ailleurs, le ministère de l'Intérieur britannique a annoncé que des policiers britanniques vont être déployés à Calais pour aider les autorités françaises à lutter contre les gangs de passeurs

Les policiers et les autorités de contrôle des frontières s'engagent ainsi "à renforcer encore davantage leur collaboration opérationnelle". Le "commandement unifié" sous la houlette des hauts responsables visera à "dissuader et éradiquer les activités criminelles" des passeurs, et l'échange de renseignement sera favorisé. Dans le même esprit, un "centre de commandement et de contrôle commun" sera créé à Calais et un autre à Folkestone, pour collecter les renseignements et coordonner les opérations.

Une "équipe conjointe" pour éloigner les migrants illégaux sera mise en place, avec une contribution financière du gouvernement britannique pour mettre en oeuvre les vols retour. La coopération portera aussi sur les capacités d'analyse et de traduction.

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PHILIPPE HUGUEN / AFP


Soulager Calais. L'accord veut aussi augmenter les capacités de traitement des demandes d'asile et dans ce cadre "le gouvernement britannique apportera une aide pour la mise en place d'hébergements dédiés, situés à une distance significative de Calais". L'objectif est notamment de "diminuer la pression migratoire" dans le Calaisis.

Une conférence européenne d'ici la fin de l'année. Au niveau international les deux pays souhaitent intensifier le dialogue avec les pays d'origine. Ils ont convenu d'organiser "une conférence de suivi à Paris, avec les autres Etats membres de l'UE, si possible d'ici la fin de l'année", et d'apporter un soutien à la Grèce et à l'Italie sur les "hotspots" ou centres de tri entre réfugiés et migrants économiques irréguliers.

"Identifier les plus vulnérables". Sur le plan humanitaire enfin, l'accord prévoit d'"intensifier l'observation" des migrants pour "identifier les plus vulnérables et les victimes potentielles de la traite", notamment les femmes et les enfants, dans l'idée de les informer et les placer en lieu sûr, "ce qui implique des capacités de logement et de prise en charge pour notamment empêcher que puissent avoir accès à ces populations vulnérables tous ceux qui cherchent à les exploiter". L'idée est aussi de favoriser les retours volontaires vers les pays d'origine, avec la mise en place de campagnes d'information et de programmes d'aide au retour.

La maire de Calais entendue ? Le contenu de ce rapport ne correspond pas pour le moment à ce que demandait Natacha Bouchard, la maire de Calais, jeudi matin sur Europe 1. Pour Natacha Bouchart, le mouvement migratoire "a pénalisé le port, le tunnel" puisque "beaucoup d'argent est partie dans l'aspect sécuritaire au lieu de partir en investissement sur la ville et le territoire". Par conséquent, l'édile souhaitait demander aux ministres de l'Intérieur 50 millions d'euros de dédommagement, ce qui correspond "au préjudice subi depuis maintenant une quinzaine d'années". 

Pour les associations, l'argent ne suffit pas. Du côté des associations, l'arrivée de l'argent frais ne peut pas être la seule réponse. Interrogé par Europe 1, François Guennoc de l'Auberge des migrants souhaite plutôt l'installation à Calais d'un bureau de l'immigration britannique qui prendrait en charge l'enregistrement des immigrés afin de faciliter leur flux et de rendre plus digne leur passage au Royaume-Uni.