Mediator : le préjudice d'anxiété reconnu pour la première fois

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Mediator : le préjudice d'anxiété reconnu pour la première fois
@ AFP
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SANTÉ - La justice a reconnu un préjudice d'anxiété pour douze plaignants dans l'affaire du Mediator.

Ils ne sont pas malades à cause du Mediator, mais inquiets d'en avoir pris : la justice a reconnu jeudi un préjudice d'anxiété à 12 consommateurs de ce médicament au cœur d'un scandale sanitaire, une première, mais débouté 38 autres, faute de preuves. Dans trois décisions, les juges des référés (procédure d'urgence) du Tribunal de grande instance de Nanterre ont condamné le fabricant, les laboratoires Servier, à payer 1.500 euros de provisions sur indemnisations au titre du préjudice d'anxiété à 12 de ces 50 demandeurs.

Douze personnes concernées.Ces douze personnes ont vu leur angoisse reconnue, une première dans le scandale du Mediator, car elles en ont démontré la "réalité" : "Un suivi médical contraignant dans les deux années suivant" l'arrêt de la prescription du médicament ou de sa commercialisation "et au-delà, au regard du risque qui ne peut être actuellement exclu de développer une hypertension artérielle pulmonaire", justifient les magistrats.

Cinq millions de patients. Utilisé par cinq millions de personnes, l'antidiabétique, largement détourné comme coupe-faim pendant plus de 30 ans et retiré du marché français en novembre 2009, est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies) et de la HTAP, pathologie rare et actuellement incurable. La littérature médicale a établi que le risque de valvulopathie disparaissait deux ans après l'arrêt du traitement, mais une incertitude subsiste pour les HTAP.

"Victoire en demi-teinte". Les 38 autres, dont la demande était fondée sur la "seule crainte de développer une maladie grave", ont été déboutés. A l'audience, le 8 décembre, chacun avait réclamé 15.000 euros de provisions. Servier avait âprement contesté le bien-fondé de leur action, opposant que le délai de trois ans pour saisir le juge était prescrit, mais la justice ne l'a pas suivi sur ce point, ni accédé à sa demande d'expertises psychologiques des demandeurs. "C'est une victoire en demi-teinte, mais quand même une grande victoire", a réagi l'une des avocates des demandeurs, Martine Verdier. "Les juges ont dit non" à la prescription opposée par Servier, "c'est essentiel pour toutes les victimes qui pour l'instant n'ont pas engagé de procédure", a-t-elle notamment fait valoir.