Lutte contre l'homophobie : "Il reste beaucoup de chemin à parcourir"

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Pour la 2e année consécutive, SOS Homophobie a enregistré une hausse des actes homophobes en France en 2017… Comment l'expliquer ?

INTERVIEW

Elle dénonce "l'ancrage" de l'homophobie dans la société. L'association SOS Homophobie constate, dans son rapport annuel dévoilé mardi, une hausse des actes homophobes en France en 2017, pour la deuxième année consécutive. En 2017, 1.650 témoignages d'actes homophobes ont été recueillis par SOS Homophobie, soit une augmentation de 4,8% par rapport à 2016, une année qui avait déjà enregistré une forte hausse de +19%. Joël Deumier, président de SOS Homophobie, explique à Europe1.fr les raisons de cette nouvelle hausse.

Comment expliquer cette nouvelle hausse des actes homophobes en France en 2017 ? Les débats actuels sur la PMA cristallisent-ils l'homophobie ?

"Les débats sur la PMA ont commencé avec la campagne électorale de 2017. On a alors constaté dans la parole publique de certains politiques des propos homophobes, comme sur les familles monoparentales et les lesbiennes, et des propositions dans les programmes politiques de remise en cause du mariage pour tous et une ferme opposition à la PMA et à la GPA. Ce contexte de débats publics – relayés notamment par le programme de François Fillon et du Front national -  a des répercussions réelles car cela encourage les personnes à passer à l'acte. La LGBT-phobie se situe dans des propositions de tous les partis politiques mais là particulièrement à droite et à l'extrême droite.

Les actes de haine ont repris avec les Etats généraux de la bioéthique, avec des propos de La Manif pour tous qui reviennent, les 'bébés-OGM', etc. On veut dire au gouvernement de ne pas reproduire les erreurs du passé et de ne pas faire traîner les débats sur la PMA (aux Etats généraux de la bioéthique, ndlr) car c'est du temps donné aux homophobes, qui diffusent une parole de haine. Avec le risque que ces paroles et ces actes homophobes s'installent. Sinon, tout ça légitime l'homophobie et invite à passer à l'acte."

Cette hausse des actes homophobes est-elle aussi liée au fait que les victimes dénoncent plus qu'avant les violences qu'elles subissent ?

"L'augmentation des actes homophobes est quelque part perçue comme une 'bonne nouvelle' car on assiste à une véritable libération de la parole des victimes ! Les personnes LGBT identifient mieux les violences dont elles sont victimes et osent désormais le dénoncer. Ce n'était pas forcément le cas avant. Avec la loi Taubira sur le mariage pour tous, on a donné des droits aux LGBT, donc ces personnes sont plus légitimes à dénoncer aujourd'hui. L'augmentation des témoignages montre ainsi que la communauté LGBT exige plus d'égalité des droits, et elle vit de plus en plus mal ces discriminations.

Une étude aux Etats-Unis a montré une baisse des suicides chez les jeunes LGBT dans les Etats américains qui ont adopté le mariage pour tous : c'est la preuve que les LGBT se sentent mieux considérés et intégrés dans la société quand ils ont des droits. Donner plus de droits, c'est banaliser la communauté LGBT, et c'est cette banalité qui fera reculer profondément l'homophobie. C'est une des clés de lutte contre l'homophobie."

Les témoignages que vous recevez sont-ils rapportés devant la police, et suivis de poursuites judiciaires ?

"La ligne d'écoute de SOS Homophobie est en lien avec la commission juridique de l'association, composée d'avocats. On peut ainsi porter plainte quand le dossier le permet ou se constituer partie civile d'une affaire. C'est difficile d'avoir des chiffres exacts sur les poursuites judiciaires quant à ces 1.650 témoignages, car tous ne tombent pas sous le coup de la loi et d'autres appellent pour exprimer un mal être, et non une agression.

Et les victimes ne veulent pas toujours porter plainte, car il y a une peur liée à la honte de se rendre au commissariat qui persiste, la crainte de ne pas être pris au sérieux, et une minimisation des violences. Certains vont en effet se dire 'Bon j'ai un patron homophobe mais au moins j'ai un travail'… Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire, d'autant que la police et la gendarmerie sont formées à l'accueil des personnes LGBT. On a certes fait le mariage pour tous, c'est bien, mais tout ne va pas bien pour autant et il reste beaucoup de chemin à parcourir."


Bientôt un outil "anti-trolls" pour les réseaux sociaux. Internet est le principal théâtre de prolifération des paroles homophobes, avec en tête Facebook et Twitter, d'après SOS Homophobie. Ainsi, l'association va lancer "dans les semaines à venir" un outil de prévention anti-trolls destiné aux réseaux sociaux, annonce à Europe1.fr le président Joël Deumier. Nommé "Equality Army", cet outil, à disposition de tous, produira des réponses toutes faites à publier sur les réseaux sociaux pour répondre aux propos anti-LBGT et aux trolls. "Le but est d'établir un contre-discours inclusif des LGBT" en ligne, explique Joël Deumier.