Loi Travail : les policiers craignent un 1er mai particulièrement tendu

  • A
  • A
Loi Travail : les policiers craignent un 1er mai particulièrement tendu
Après les débordements de jeudi, les policiers sont inquiets à l'approche du défilé du 1er mai@ DAMIEN MEYER / AFP
Partagez sur :

Après les débordements de jeudi, les forces de l'ordre s'inquiètent que de nouveaux heurts n'émaillent le traditionnel défilé du 1er mai placé, cette année, sous le signe de la lutte contre la loi Travail.

Une tentative de rassurer ses troupes ? Samedi, Bernard Cazeneuve a envoyé aux préfets un document détaillant les mesures à prendre lors des rassemblements du 1er mai, dimanche. Une démarche effectuée "à la veille de chaque journée nationale d'action ou de manifestation importante", a assuré le ministère de l'Intérieur. Le défilé syndical, organisé tous les ans pour célébrer la Journée international de solidarité des travailleurs, risque pourtant de ne pas être une journée d'action comme les autres, cette année.

Trois jours après les violents débordements survenus en marge des manifestations contre la loi El Khomri, au cours desquels 78 policiers ont été blessés, le 1er mai sera en effet placé sous le signe de l'opposition à la loi Travail. Et du côté des forces de l'ordre, plusieurs voix font entendre une certaine inquiétude.

Crainte de jets de projectiles. "Bien sûr qu'on le redoute", admet Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de sécurité intérieur, interrogé par Europe 1. "Nos collègues appréhendent d'être victimes de jets", poursuit-il. Jeudi, un policier a été grièvement blessé en marge de la manifestation à Paris, après avoir reçu un pavé à la tête. "On n'est pas dans une logique de manifestation pacifique, mais bien dans une volonté de combattre. A Rennes, il y avait des individus qui avaient des harpons", affirme Jean-Marc Bailleul. Dans cette même ville, un jeune homme a perdu l'usage d'un oeil, gravement touché lors des heurts entre police et manifestants, jeudi.

Vendredi soir, le ministère de l'Intérieur a reconnu le caractère particulièrement violent des débordements de jeudi, par la voix de son porte-parole, Pierre Henry Brandet. Les forces de l'ordre "ont été confrontés à une violence inouïe de la part de certaines personnes", a-t-il estimé sur Europe 1. "Il va falloir gérer les effluves de la contestation, ce n'est pas si simple", abonde un conseiller de François Hollande, cité par le Monde.

"Des groupuscules organisés". "Ce qui a changé fondamentalement, c'est que souvent les affrontements avaient lieu à la fin, mais aujourd'hui on voit bien que c'est au milieu de la manifestation", estime Jean-Marc Bailleul. "On attend encore des groupuscules qui sont organisés et qui, à un moment donné de la manifestation, vont se coordonner pour perturber", craint-il. Après les débordements de jeudi, 214 personnes ont été interpellées, dont 57 à Marseille, jusque-là relativement épargnée par les heurts. Vendredi, plusieurs personnes ont été jugées en comparution immédiate à Nantes. Des peines de prison allant jusqu'à deux mois ferme ont été prononcées.

Comment prévenir de nouveaux incidents dimanche ? Le ministère de l'Intérieur a prévu un renforcement des effectifs policiers, notamment dans les villes où la situation a dégénéré, jeudi. Les lieux de rassemblement et les parcours des différents cortèges ont été organisés de manière à ce qu'ils ne se croisent pas.

Appel à la responsabilité. Mais dans son communiqué adressé aux préfets, Bernard Cazeneuve leur demande surtout "d'exiger" des organisateurs des différentes manifestations "qu'un service d'ordre interne, structuré, identifiable et suffisamment dimensionné soit mis en place". Ce service doit être capable "d'isoler les fauteurs de troubles ou de signaler les individus dont le comportement présenterait des risques avérés pour la sécurité du cortège et sa dispersion". Un appel à la responsabilité qui s'adresse aux syndicats, mais aussi aux organisations de jeunesse, particulièrement mobilisées contre la loi Travail.

Le ministre de l'Intérieur préconise également de prendre "toutes les dispositions nécessaires pour filmer les opérations". Il donne enfin pour consigne "qu'il soit fait un usage proportionné et légitime de la force quand cela sera strictement nécessaire." Jeudi, l'Unef, principal syndicat étudiant, avait notamment "exigé" l'arrêt de l'utilisation des flashballs par les forces de l'ordre. Selon plusieurs témoins, c'est par le tir d'une de ces armes que l'étudiant rennais aurait été blessé. Une enquête a été confiée l'IGPN pour déterminer les circonstances exactes du drame, qui avait suscité de vives critiques à l'encontre des forces de l'ordre