L’intelligence artificielle séduit les étudiants en informatique

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L’intelligence artificielle séduit les étudiants en informatique
L'école Microsoft accueille 24 étudiants dans sa première promotion.@ GERARD JULIEN / AFP
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L’inauguration par Microsoft de sa propre école dédiée à l’intelligence artificielle est symbolique d’une filière d’avenir en pleine expansion et aux débouchés nombreux.

Microsoft a donné mardi un coup de projecteur sur la formation française à l'intelligence artificielle en inaugurant à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, sa propre école spécialisée. Une première promotion de 24 étudiants "en reconversion professionnelle, éloignés de l'emploi ou décrocheurs scolaires" mais possédant déjà des connaissances en langage de programmation et en mathématiques (calcul différentiel, probabilités et statistiques) vont se former pour décrocher un diplôme de niveau bac + 3. Au terme de leur parcours d’un an et demi, ils bénéficieront de certifications sur la donnée, l'intelligence artificielle et les algorithmes d'apprentissage automatique ("machine learning").

Ces étudiants seront peut-être un jour ingénieur en blockchain, agent de la diversité génétique ou conservateur de la mémoire personnelle. Ces métiers ne vous disent sans doute rien et c’est normal : ils n’existent pas encore, comme 85% des emplois de 2030 indiquait récemment une étude de Dell. Tous ont un point commun : l’intelligence artificielle (IA). L’enjeu est de taille, il y a des millions d’emplois à la clé dans les années à venir. Des débouchés quasiment illimités qui peuvent séduire les étudiants en orientation. Zoom sur une filière d’avenir.


Au fait, c'est quoi l'intelligence artificielle ?

Pour reprendre la définition du Larousse, l'intelligence artificielle est un "ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l'intelligence humaine". Autrement dit, c'est la concrétisation de la formule : "l'esprit dans la machine". Mélangeant mathématiques, informatique, robotique et sciences cognitives, c'est un champ qui recouvre de multiples applications, de la voiture autonome capable d'éviter un piéton au programme susceptible de reconnaître instantanément un visage dans une foule.


Les prérequis : un solide bagage informatique

Heureusement, la France n’a pas attendu Microsoft pour développer une filière de formation à l’intelligence artificielle. Plusieurs grandes écoles et universités proposent aujourd’hui des cursus dédiés, à la fois théoriques et pratiques. C’est notamment le cas du Master 2 Intelligence artificielle de l’université Lyon 1, qui offre "une spécialisation au sein d’un Master informatique", explique Salima Hassas, la responsable de la formation. On ne tombe pas dans l’intelligence artificielle par hasard, d’abord car c’est un secteur qui requiert des compétences complexes. "On a des gens qui sont très motivés depuis le bac", confirme Salima Hassas. Pour intégrer les M2 spécialisés, il faut déjà être titulaire d’un bac+4 en informatique, formation répandue dans l’enseignement supérieur.

"Nous demandons une formation en mathématiques et en informatique. Quelqu’un qui sort d’une licence en maths et possède par ailleurs de bonnes compétences en informatique – ou inversement, peut tout à fait s’orienter vers l’IA", précise de son côté Erwan Scornet, directeur pédagogique du programme Intelligence artificielle et informatique visuelle avancée (M1 et M2) que s’apprête à lancer l’École Polytechnique en septembre. "Mon conseil, c’est de ne surtout pas faire l’impasse sur l’informatique. Car il ne s’agit pas juste de comprendre les algorithmes qui font fonctionner l’IA, il faut aussi être capable de les implémenter en informatique."

Mieux vaut être sérieux car la demande est forte. Le cursus de Polytechnique a déjà reçu une soixantaine de candidatures pour l'année à venir en M1 et 78 en M2, pour 30 heureux élus par promotion.

Les cours : théorie, pratique et… éthique

Mais qu’apprend-on dans ces formations sur l’intelligence artificielle ? "Pour commencer, il y a un socle fondamental de connaissances théoriques sur l’IA commun à tous les étudiants : définition, histoire, enjeux… Ensuite, on aborde la pratique avec les techniques de création d’IA et les applications", explique Salima Hassas. "Il y a une attention particulière apportée à la cognition, la façon dont on dote un système artificiel de la possibilité d’analyser et manipuler des connaissances." Enfin, "un des principaux chapitres a trait au big data et à la data science : les étudiants apprennent à manipuler les données pour en extraire de la connaissance."

Toutes les semaines, il y a deux heures de séminaire sur l’éthique
Erwan Scornet, École Polytechnique

Se former à l’intelligence artificielle, c’est aussi se familiariser avec des expressions anglaises un peu barbares. "Le machine learning consiste à concevoir des algorithmes qui s’appuient sur les données pour exploiter des connaissances. Il s’agit aussi pour l’IA d’apprendre en continu et de ses erreurs, comme dans le cas d’AlphaGo, le programme qui a battu le champion du monde du jeu de go", résume Erwan Scornet, de l’École Polytechnique. Sans oublier le "deep learning", "des réseaux de neurones artificiels qui permettent par exemple aux IA de modéliser des données abstraites". "On en a beaucoup entendu parler avec les machines capables de reconnaître des chats dans des images", rappelle le directeur pédagogique.

Pour compléter cet apprentissage technique, la plupart des formations dispensent des cours plus réflexifs. "Toutes les semaines, il y a deux heures de séminaire sur l’éthique et le droit de l’IA. Les enjeux sont nombreux, de la confidentialité à la sécurité des données. On ne veut pas juste des techniciens, des ingénieurs, mais des spécialistes qui ont un recul sur ce qu’ils sont amenés à développer", souligne Erwan Scornet. Pour compléter leur formation, les étudiants effectuent bien sûr des stages. A Polytechnique, cela représente tout de même dix mois sur deux ans.

Les débouchés : aussi variés que nombreux

Dans cette filière en pleine expansion, les étudiants n’ont guère de mal à trouver chaussure à leur pied. "On n’arrive pas à pourvoir toutes les demandes de stage qui nous viennent des entreprises", assure Salima Hassas, de l’Université Lyon 1. Les entreprises sont très demandeuses de spécialistes de l’IA et "à la sortie, le taux d’insertion est de 100%", ajoute la responsable pédagogique. Il faut dire que les débouchés sont variés : environnements intelligents, voiture autonome, objets connectés, data science…

Les étudiants sont recrutés à des postes qualifiés avec des salaires attractifs
Salima Hassas, Université Lyon 1

Sans compter les entreprises plus classiques qui développent des pôles de compétence. "Globalement, tous les secteurs qui sont concernés par l’aide à la décision (banque, assurance…) recherchent aujourd’hui des spécialistes de l’IA", pointe Salima Hassas. Chez Polytechnique, "on vise plutôt à former les gens dans la recherche, qu’elle soit publique ou privée, dans les laboratoires internes de grandes entreprises".

Et qui dit peu d’étudiants pour une grosse demande dit salaires à la hauteur. "Le salaire dépend du secteur et de la taille de l’entreprise. Beaucoup sont recrutés par des start-up car c’est là qu’est l’innovation, notamment dans la robotique et l’énergie. Mais dans tous les cas, ce sont des postes qualifiés avec des salaires attractifs", met en avant Salima Hassas. Par exemple, un ingénieur en intelligence artificielle peut débuter autour de 25 à 30.000 euros par an et atteindre rapidement les 40.000 euros. Une filière en plein boom donc mais ce n’est que le début pour la spécialiste de l'université lyonnaise. "C’est un domaine émergent et donc porteur d’innovation. On est loin d’avoir exploité toutes les possibilités de l’intelligence artificielle. Il y a beaucoup d’applications qu’on ne peut même pas imaginer…"