"L'hôpital est un système clos où les conflits vont se régler en interne"

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Banalisées, les violences durant les études médicales ont créé une sorte de loi du silence dans le milieu hospitalier que le docteur Valérie Auslender s'emploie à dénoncer dans un livre, recueil de témoignages.

INTERVIEW

Elle a compilé 130 témoignages de futurs professionnels de santé en souffrance. Dans le livre Omerta à l'hôpital, le docteur Valérie Auslender brise le silence de ces étudiants du monde de la santé (internes en médecine, futurs infirmiers, pharmaciens ou sages-femmes,etc.) qui sont victimes de violences psychologiques ou de harcèlement au cours de leur formation. Elle était l'invitée d'Europe 1 jeudi midi.

"Plus ou moins toujours existé". Si l'auteur ne veut pas généraliser le phénomène à partir des témoignages recueillis, elle ne sous-estime pas la réalité des violences. "130 témoignages, c'est déjà beaucoup trop, et avec des maltraitances qui sont très graves et des conséquences dramatiques en matière de santé chez les étudiants." Selon cette médecin généraliste, ces violences ont plus ou moins toujours existé. "Cela fait partie des us et coutumes durant les études médicales. Dans les études d’infirmiers, on ne trouve paradoxalement pas ce type de tradition", ce qui les rend d'autant plus "toxiques et incompréhensibles" quand elles surviennent, ajoute Valérie Auslender.

"Un système clos". Plusieurs facteurs expliquent un silence si assourdissant : l'idée martelée aux étudiants qu'avant c'était pire, un respect de la hiérarchie, la peur des représailles, la peur de ne pas se faire valider un stage. "L'hôpital est un système clos où les conflits vont se régler en interne". Pour elle depuis des décennies, "les nouvelles techniques de management et d'organisation de l'hôpital" ont entraîné "des dysfonctionnements dans les services, des réductions d'effectifs" qui ont eux-mêmes engendré une souffrance des soignants, empêchés de prendre en charge leurs patients dans des conditions optimales. En conséquence, "ils ne peuvent plus non plus former leurs étudiants", affirme le médecin qui demande moyens humains et économiques.