Les oubliés de l’affaire Erignac attaquent l'Etat

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Les oubliés de l’affaire Erignac attaquent l'Etat
Commémoration pour les 18 ans de la mort du préfet Erignac@ PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP
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Neuf hommes mis en examen pendant 18 ans pour rien après l’assassinat du préfet Erignac demandent réparation pour faute grave. 

Dix-neuf ans après l’assassinat en Corse du préfet Claude Erignac, l’affaire est une nouvelle fois portée devant les tribunaux. Mais cette fois, c’est l’enquête elle-même et ses méthodes qui sont au cœur de la procédure. Pendant dix-huit ans, 31 personnes suspectées d’être impliquées dans le meurtre ont été maintenues mises en examen... pour rien. La piste s’est avérée fausse, aucune charge n’a été retenue à leur encontre. Neuf d’entre eux ont attaqué l’Etat pour "faute grave". Une action symbolique pour demander réparation du préjudice subi. La procédure était examinée ce lundi par la première chambre civile du tribunal correctionnel de Paris, indiqué Le Parisien.

Leur sort est à l’image du fiasco de l’instruction de ce volet de l’enquête surnommé "la filière agricole". Seize ans d’instruction, 100.000 pages de procédures, des centaines de perquisitions, 394 interpellations … pour finir en un non-lieu général.  

La piste agricole. L’année précédant son assassinat, le préfet Claude Erignac a dû gérer une fronde particulièrement véhémente des agriculteurs contre une nouvelle politique du gouvernement resserrant la vis sur les aides financières. Le climat était très tendu, avec plusieurs actions violentes organisées par des nationalistes. Immédiatement après la mort du haut fonctionnaire, la piste "agricole" s’impose donc aux services anti-terroristes. Ils établissent notamment un lien entre l’attentat contre la gendarmerie de Pietrasolla et le pistolet qui a servi au meurtre dérobé là-bas. Résultat : des centaines d'interpellations dans les milieux nationalistes agricoles et 31 mises en examen. Ils le resteront 18 ans. Pendant cette période, ils doivent suivre un lourd contrôle judiciaire : interdiction de quitter le territoire, pointage régulier à la gendarmerie, interdiction de se rencontrer…

L’information judiciaire n’a été close qu’en mars 2014 puis il a fallu encore attendre deux ans pour que le parquet général requiert un non-lieu général. Et ce, alors que le commando reconnu coupable dans ce dossier a été arrêté en mai 1999 et son dernier membre, Yvan Colonna, qui avait pris le maquis, a été interpellé en 2003. Dans ses réquisitions, le parquet antiterroriste avait estimé que l'information judiciaire n'a démontré "aucunement les liens entre les membres de la filière agricole démantelée dans ce dossier et la résolution, la préparation et l'exécution" de l'assassinat du préfet Érignac. Deux des mis en examen sont décédés entre-temps.