Comment les candidats de la primaire de la droite veulent lutter contre le terrorisme

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Comment les candidats de la primaire de la droite veulent lutter contre le terrorisme
@ AFP
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Ce jeudi a lieu le dernier débat avant le premier tour de la primaire de la droite et du centre. L’occasion de faire un tour d’horizon des propositions des candidats en matière de terrorisme. 

D’abord une précision. Dans cet article, il sera très peu question de Jean-Frédéric Poisson. Non pas parce que nous ne le considérons pas comme un candidat sérieux, mais parce que la question de la lutte contre le terrorisme est peu abordée dans son programme. En revanche, en tant que rapporteur parlementaire de l’état d’urgence, le président du parti chrétien-démocrate s’est exprimé à de nombreuses reprises contre la prolongation de ce régime d’exception. Une fois cette explication évacuée, petit tour d’horizon de ce qui rapproche ou oppose les candidats à la primaire de la droite et du centre en matière de lutte contre le terrorisme. Selon un sondage* publié en septembre, le sujet est la principale préoccupation des Français, devant le chômage.

  • Sur les moyens de la police

Les chiffres varient mais l’idée est la même pour tous les candidats : pour lutter contre le terrorisme, il est nécessaire de renforcer les effectifs de police. Jean-François Copé veut "embaucher 50.000 policiers, gendarmes, magistrats, gardiens de prison, militaires", explique-t-il sur son site de campagne. Bruno Le Maire entend également lancer un "plan de recrutement" des forces de l’ordre et des magistrats, sans en préciser la teneur. Alain Juppé souhaite, quant à lui, "mobiliser la réserve opérationnelle" pour soulager les forces de l’ordre sur le terrain et Jean-Frédéric Poisson réclame de passer l’armée à 300.000 hommes (228.000 aujourd'hui).

Les seuls à ne pas insister sur la question des effectifs sont Nicolas Sarkozy et François Fillon. Et pour cause : lorsqu’ils étaient respectivement, Président et Premier ministre, le nombre de policiers a baissé de plus de 6.000 postes, selon un rapport parlementaire de 2014. Dans son programme, ce dernier préfère insister sur le renforcement des pouvoirs accordés aux forces de l’ordre et entend "confier à la police municipale et à la sécurité privée des moyens d’action pour participer à la reconquête du territoire".

  • Sur les services de renseignements

Ce point ne fait pas vraiment débat : tous s’accordent pour demander plus de moyens financiers et humains alloués aux services de renseignement ainsi qu’une réorganisation des services. Alain Juppé insiste sur le renforcement du renseignement territorial "qui permet de détecter les changements de comportement". "Le recours aux écoutes judiciaires doit être facilité et le contenu des écoutes administratives comme élément de preuve doit être autorisé sous contrôle d’un juge", selon Bruno Le Maire. Un point de vue partagé par Jean-François Copé qui entend "privilégier l’efficacité en créant une NSA à la française, c’est-à-dire une agence technologique du renseignement".

Autre axe développé par quasiment tous les candidats : le renforcement des renseignements en prison. Dans un entretien accordé en juin à six journaux européens, Nicolas Sarkozy assure qu’il "faut non seulement 'sonoriser' (mettre sur écoutes) les cellules, mais il faut du renseignement humain, comme d'ailleurs dans les lieux de culte extrémistes et au sein des groupes radicalisés".

  • Sur la chaîne pénale

Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy souhaitent la création d’une chaîne pénale entièrement dédiée aux affaires de terrorisme. Il existe déjà un pôle antiterroriste au sein du tribunal de grande instance de Paris, qui a une compétence nationale. Il comporte une section spécialisée du parquet, des juges d'instruction dédiés, et même, depuis janvier, une chambre correctionnelle, la 16e. Les auteurs présumés de crimes terroristes sont jugés par une cour d’assises spéciale. Les deux candidats veulent séparer ce pôle du reste du tribunal pour améliorer son efficacité. De son côté, François Fillon préfère créer deux ou trois cours d’assises spéciales pour accélérer le rythme des procès.

Les candidats réclament, en revanche, à la quasi-unanimité un alourdissement des peines. Au moment de l’arrestation de Salah Abdeslam, NKM a exigé "la perpétuité réelle et effective". Alain Juppé souhaite la suppression des réductions de peines automatiques – "nos concitoyens ne peuvent comprendre qu’un condamné à 5 ans de prison sorte au bout de 3 ans" - et le rétablissement des peines planchers.

  • Sur l’isolement des détenus

Tous les candidats dressent le même constat : la surpopulation carcérale favorise la radicalisation. "Il existe dans les prisons un prosélytisme qu'il faut combattre", déclarait Nicolas Sarkozy en juin. Pour y remédier, ils prônent l’isolement des détenus les plus radicaux. Ces ailes spéciales ont été un temps expérimentées dans cinq maisons d’arrêt avant d’être abandonnées, faute de résultats. Seul Bruno Le Maire va plus loin et propose "la construction de centres pénitentiaires réservés aux seuls prévenus ou condamnés pour terrorisme."

  • Sur le placement en détention préventive

C’est là, un important point de divergence. Faut-il une "justice d’exception" pour répondre à une situation exceptionnelle, comme le réclame Bruno Le Maire ? Le candidat réclame que "toutes les personnes qui ont un lien avec le terrorisme, notamment à travers une activité internet, soient interpellées". Nicolas Sarkozy se prononce lui en faveur de la rétention administrative des fichés S. "Tout Français suspecté d’être lié au terrorisme parce qu’il consulte régulièrement un site djihadiste, que son comportement témoigne d’une radicalisation ou parce qu’il est en contact avec des personnes radicalisées, doit faire l’objet d’un placement préventif dans un centre de rétention fermé", déclarait-il dans le JDD en septembre. De même, il demande que tout étranger suspecté d’avoir un lien avec le terrorisme - même sans condamnation - soit expulsé. Jean-François Copé propose 150 jours de rétention pour les individus radicalisés les plus actifs.

Lors du premier débat, Alain Juppé s’est montré hostile à une telle mesure. Selon lui, "dans de nombreux cas, il y a un intérêt à laisser des fichés S en circulation pour remonter les filières". Même constat pour Jean-Frédéric Poisson et NKM. Cette dernière souhaite néanmoins que les maires et entreprises sensibles aient les moyens de savoir s’ils recrutent des fichés S.

  • Sur la création d’un "islam de France"

Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet s’accordent sur la nécessité de refonder un "islam de France" afin d’assurer l’indépendance de cette religion et notamment de le protéger de toute influence extérieure. Cela passe notamment par un meilleur suivi des financements provenant de l’étrangère et repenser la formation des imams. Une idée que partage également Jean-Frédéric Poisson. Il réclame par ailleurs que "l’enseignement et les prêches soient effectués en français et respectent les principes de la vie en société en France".

  • Les inclassables

- Rendre hors-la-loi le salafisme : l’idée émane de Nathalie Kosciusko-Morizet. Sur France Info en août dernier, elle indiquait que ce courant de l’islam est le terreau sur lequel prospère le terrorisme. "Cela ne veut pas dire que tous les salafistes sont des terroristes, mais tous les terroristes sont plus ou moins passés par le salafisme." Selon elle, une telle décision permettrait de fermer plus facilement les mosquées et de poursuivre les prédicateurs.

- L’interdiction du retour des "Français partis combattre à l’étranger dans les rangs terroristes." La proposition émane de François Fillon, dans un essai de 150 pages Vaincre le totalitarisme, écrit après l’attaque de Nice. Il propose de les déchoir de leur nationalité et de les interdire de séjour sur notre sol. "Les textes de droit international ne peuvent nous être opposés, notamment en matière d'apatridie, puisque la France ne les a pas ratifiés." Pas ratifié, certes, mais signé et appliqué.

*Sondage Ifop pour la Dépêche du Midi, publié le 28 septembre