Les homosexuels devraient (enfin) avoir le droit de donner leur sang

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Les homosexuels devraient (enfin) avoir le droit de donner leur sang
@ AFP
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Au premier jour de l'examen du projet de loi santé, Marisol Touraine, a annoncé mardi que le questionnaire préalable au don du sang serait modifié.

La décision est réclamée depuis plusieurs années par les associations de défense des droits homosexuels. Au premier jour de l'examen du projet de loi santé en commission des affaires sociales à l'Assemblée, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé mardi que le questionnaire préalable au don du sang serait modifié. Un changement qui permettrait aux homosexuels de donner leur sang, ce qui est pour l’heure interdit, en raison de la forte prévalence du VIH au sein de cette population.

Une loi française stricte. Aujourd'hui en France, le don du sang n'est pas ouvert à tous. Si vous avez plus de 70 ans ou moins de 18 ans, si vous êtes une femme enceinte ou homosexuel, l'EFS (l'Etablissement français du sang), qui organise en France toutes les campagnes de don du sang, refuse votre sang.

Le mot "homosexuel" n'apparaît toutefois pas dans les textes législatifs. Mais la loi européenne de 2004 mentionne que doivent être exclus du don "les sujets dont le comportement sexuel les expose au risque de contracter des maladies infectieuses graves transmissibles par le sang". Idem pour le texte de loi français : un arrêté de 2009 cible "l'homme ayant eu des rapports sexuels avec un homme" comme suspect de transmettre "une infection virale".

Le nombre d’infections 200 fois plus élevé chez les homosexuels. Les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes sont 65 fois plus contaminées par le VIH que les hétérosexuels, selon Le Monde. Par ailleurs, le nombre de nouvelles infections enregistrées chaque année chez les homosexuels est 200 fois plus élevé, rappelle le quotidien du soir.

À ce jour, une seule étude en France a étudié le risque pris à ouvrir le don du sang aux homosexuels. En 2012, l'Institut de veille sanitaire a ainsi montré que de 2008 à 2010, 28 séroconversions sont apparus chez des donneurs, c'est-à-dire que leur sang s'est révélé porteur du virus du sida. Un résultat qui représente un risque théorique de 1 sur 2.900.000 dons. L'INVS a alors quantifié le risque pris si le don du sang était ouvert aux homosexuels ayant eu un seul partenaire sur l'année précédent le don : selon les scénarios retenus, le risque serait de 1 à 4 sur 2.900.000 dons.

“Pas acceptable que l'orientation sexuelle soit perçue comme un critère”. Pour les autorités sanitaires, le fait d’exclure les homosexuels du don du sang est une simple mesure de précaution. Mais pour les associations de défense des droits homosexuels, il s’agit d’une mesure discriminatoire. C’est également l’avis que semble aujourd’hui partager Marisol Touraine. “Il ne serait pas acceptable que l'orientation sexuelle soit perçue comme un critère d'exclusion”, a fait valoir la ministre.

"Il appartient aux experts d'évaluer la période d'exclusion du don”, a ajouté la ministre. Saisi de cette question en 2012 par la ministre, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), devrait rendre ses conclusions dans les prochains jours.

Un précédent  rapport, datant de juillet 2013, et remis à Marisol Touraine, se prononçait en faveur de l'inclusion des homosexuels dans le groupe des donneurs. "Un homosexuel en couple, stable dans sa relation et n'ayant pas eu de relation à risque dans un délai susceptible d'être couvert par un dépistage sérologique, peut percevoir son éviction comme discriminatoire", justifiait à l’époque l’auteur du rapport, le député PS Olivier Véran.

Des critères à préciser. C’est sur ce point qu’une alternative devrait être trouvée. En résumé, pour qu’un homosexuel puisse donner son sang, les autorités sanitaires pourraient préconiser une totale abstinence, une absence de pratiques à risque (changements de partenaires, partenaires multiples) ou encore une période d’abstinence minimale.

L'Australie, le Japon et le Royaume-Uni ont par exemple imposé une période de douze mois sans relations sexuelles. L'Afrique du Sud impose, elle aussi, une période d'abstinence, mais pour tous les donneurs, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels, rappelle L’Obs. Pour les scientifiques, une durée d'un an est suffisante pour s'assurer qu'une personne n'est pas infectée.

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