Les effets dévastateurs des dépressions à répétition

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Les effets dévastateurs des dépressions à répétition
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SPLEEN - Faire plusieurs dépressions ralentirait les fonctions cognitives, selon une étude de l’Inserm.

Les chercheurs savaient déjà que pendant un épisode dépressif, les fonctions intellectuelles étaient impactées. Ils savaient moins que cette maladie pouvait avoir des conséquences sur le long terme. C’est ce qu’ont découvert des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Leur étude, publiée lundi dans European Neuropsychopharmacology, démontre qu’à partir de trois dépressions, les capacités cognitives sont ralenties chez le patient guéri. En France, une personne sur sept a eu, a ou aura, une dépression dans sa vie.

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2.000 patients dépressifs testés. Un test d’une simplicité enfantine, voilà ce qu’on dû passer 2.000 patients souffrant de dépression. Il s’agissait "de relier des cercles gradués avec des chiffres, 1, 2, 3, 4, etc …", explique Philippe Goorwood, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne et directeur de l'étude. "Alors qu'un sujet lambda met 35 secondes à effectuer l'exercice, le patient déprimé met beaucoup plus de temps", explique le chercheur.

1,20 minute au lieu de 35 secondes. Six semaines plus tard, la moitié des 2.000 patients a guéri et refait le même test.  Et les résultats sont surprenants : "Quand la personne a souffert d'un ou de deux épisodes dépressifs, il met un peu plus de 30 secondes mais si c'était sa quatrième dépression, on passe à 45 secondes", avance le Professeur Gorwood. " A cinq dépressions ou plus, il leur faut quasiment 1,20 minute à faire le test. C'est le même résultat que quelqu’un qui est en pleine dépression".

Le chercheur assure que même en ajustant les paramètres de l'âge ou du niveau d'étude, les résultats restent probants. 

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"Cicatrice dépressive". L'étude démontre bien que plus le patient a fait de dépressions, moins il est performant dans la tâche, même s'il est entièrement guéri. Le Pr Gorwood parle de "cicatrice dépressive" qui s'approfondit si la maladie se répète. 

"La dépression est une perte de neuroplasticité, c'est-à-dire que la personne a plus de difficultés à créer de nouveaux réseaux neuronaux", explique le psychiatre. Et ces nouveaux réseaux sont importants dans notre quotidien : ils nous aident à apprendre de notre environnement ou à nous adapter aux changements de notre vie.

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Les risques de rechute enfin expliqués ? Les médecins le savent bien, plus un patient a de dépressions, plus il a de risques de rechuter. Un cercle vicieux que cette étude peut éclairer. 

Les conséquences cognitives d'une succession de dépressions peuvent en effet rendre difficile le retour au travail. Face à la pression du milieu professionnel, "l'ancien dépressif va avoir du mal à réagir car il a perdu en rapidité cognitive". "Vont alors apparaître une mauvaise estime de soi, un sentiment de ne pas être à la hauteur, ce qui peut favoriser le risque de rechute en dépression", analyse Philippe Gorwood. 

Prévenir en plus de guérir. Pour casser le cercle vicieux de la dépression, le Pr Gorwood propose de prévenir les rechutes en utilisant la "remédiation cognitive". "Il s'agit de faire faire à la personne remise de dépression, des exercices qui ciblent ses fonctions les moins performantes, concentration, rapidité, prise en compte des consignes". Inutile d'être fataliste donc ? "Le cerveau a une capacité d'apprentissage qu'il faut stimuler pour éviter les dépressions à répétition", ajoute Philippe Gorwood.

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