L'enquête du 8h : un an après, l’échec du plan de Cazeneuve pour vider la jungle de Calais

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Il y a un an, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, annonçait le démantèlement de la "jungle" de Calais. Un projet qui n'a pas réellement abouti.

L'ENQUÊTE DU 8H

Ils étaient 6.000 en août dernier. Ils sont aujourd'hui 1.000 de plus. Le nombre de migrants installés dans la "jungle" de Calais a plus augmenté que diminué, contrairement à la promesse de Bernard Cazeneuve. Europe 1 a enquêté sur les résultats de la politique de relogement de ces réfugiés. 

La poursuite d'une politique d'évacuation. Le ministre de l'Intérieur l'avait affirmé il y a un an : les occupants du camp de migrants surnommé "la jungle" à Calais seront ramenés à 2.000 et la surface occupée sera réduite de moitié. L'État voulait évacuer la zone car il estimait que les migrants y vivaient dans des conditions "indignes". Les débats ont été vifs entre les associations et les autorités, qui ont finalement eu gain de cause. "Notre objectif est de faciliter le départ des migrants de la lande de Calais. À la fin de l’année, l’État aura ainsi créé 2.000 places d’hébergement pour les demandeurs d’asile et réservées exclusivement aux migrants de Calais", avait déclaré Bernard Cazeneuve. Alors en février 2016, la zone sud de la "jungle" a été évacuée. Une décision qui a entraîné heurts et tensions auprès des habitants de ces abris de fortune

Une initiative qui va dans le bon sens... Mais pour la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, cette décision a créé une dynamique positive de départs. "Il faut savoir que nous avons quand même 5.500 migrants, au moment où je vous parle, qui sont partis dans ces centres d’accueil qui ont ouvert en France. Et Emmanuelle Cosse, la ministre [du Logement], a annoncé la création de 5.000 places supplémentaires. Vu le nombre de migrants, il faut encore développer ce système-là pour chaque migrant qui veut quitter le camp de Calais."

Mais tous les réfugiés n'ont pas quitté le camp en février dernier. Quelque 2.000 d'entre eux ont été accueillis directement à Calais dans des containers mis à leur disposition. Selon les autorités, c'est le maximum de personnes que peut accueillir le Pas-de-Calais. Les autres sont restés dans la zone nord, qui n'a pas été touchée.

...mais sans être suivie d'effets réels. Cette évacuation n'a pas pour autant permis de maîtriser le flux migratoire, puisque les migrants continuent d'affluer et de s'entasser dans le camp sauvage de la "jungle". Ils arrivent toujours de méditerranée mais aussi d'Allemagne et à présent de Paris, comme le raconte Muhammad, un Soudanais fraîchement installé. "Je n’avais aucune solution, aucun endroit pour me mettre à l’abri. La situation était devenue trop difficile, les gens dormaient sous les ponts, c’était plus possible. Ici, à Calais, c’est beaucoup mieux, on peut vivre dans des containers ou bien sous la tente. On vit bien mieux qu’à Paris. Alors bien sûr, il y a beaucoup de monde, mais moi je suis mieux ici."

Finalement, les migrants qui ont quitté les lieux ont été remplacés par d'autres. Et malgré la surpopulation de la partie restante du camp, l'État est toujours déterminé à le démanteler.