Leïla Slimani réclame “le droit de ne pas être importunée”

  • A
  • A
Leïla Slimani réclame “le droit de ne pas être importunée”
@ JOHN MACDOUGALL / AFP
Partagez sur :

L’écrivaine, Prix Goncourt 2016, défend la "liberté de ne pas être importunée" dans une tribune publiée par Libération.

La romancière Leïla Slimani prix Goncourt 2016, a fait connaître son opinion sur le débat qui fait rage sur les droits des femmes. Une tribune publiée dans Le Monde, notamment signée par Catherine Deneuve, défendait la liberté d'importuner. L'auteure s'y est clairement opposée, dans un texte publié vendredi dans le quotidien Libération.

"Ne même pas y penser". Les signataires de la tribune polémique justifiaient leur position en soulignant n'être pas des "choses fragiles". "Je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser", clame la romancière après avoir énoncé une foule de situations quotidiennes, banales, qu'elle souhaite être libre de vivre sans se poser de questions, comme entre autres "marcher dans la rue", "me maquiller comme un camion volée", "me fondre dans la foule du RER". Et de poursuivre : "Je ne suis pas une petite chose fragile. Je ne réclame pas d’être protégée mais de faire valoir mes droits à la sécurité et au respect"

La critique d'un déterminisme masculin. La romancière ne fustige pas pour autant les hommes. "Les hommes ne sont pas, loin s’en faut, tous des porcs", "les hommes qui m’entourent rougissent et s’insurgent de ceux qui m’insultent", décrit-elle. La tribune du Monde est loin, selon elle de rendre service aux hommes : "Car au fond se cache, derrière cette soi-disant liberté d’importuner, une vision terriblement déterministe du masculin : 'un porc, tu nais'." Elle ne se dit par ailleurs pas victime, n'oublie pas néanmoins celles qui le sont. "C’est un fait et non un jugement moral ou une essentialisation des femmes. Et en moi, palpite la peur de toutes celles qui, dans les rues de milliers de villes du monde, marchent la tête baissée."

"Un monde plus juste". Et la romancière de conclure en espérant un "monde plus juste" où son fils serait un homme libre "non pas d’importuner, mais libre de se définir autrement que comme un prédateur habité par des pulsions incontrôlables. Un homme qui sait séduire par les mille façons merveilleuses qu’ont les hommes de nous séduire" et sa fille une femme qui pourrait "marcher la nuit dans la rue, en minijupe et en décolleté", qui pourrait faire "seule le tour du monde", prendre "le métro à minuit sans avoir peur, sans même y penser."