Le témoignage d’Enis diffusé à l'audience

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Le témoignage d’Enis diffusé à l'audience
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Dans une vidéo, tournée par les enquêteurs peu après sa libération, l’enfant de 5 ans à l’époque raconte son calvaire.

Une vidéo en noir et blanc de 22 minutes, diffusée sur trois écrans. La cour d'assises du Nord à Douai, qui juge depuis lundi Francis Evrardpour l'enlèvement, la séquestration et le viol du petit Enis en 2007 à Roubaix, a entendu mardi le témoignage vidéo poignant de la victime.

Dans le film, les neuf jurés ont découvert pour la première fois le visage d'Enis à 5 ans, interrogé par des enquêteurs de la brigade des mineurs de Roubaix à 04h le 16 août 2007, peu après sa libération.

Dans une chambre du CHRU de Lille, l'enfant est en pyjama, sous un drap. Il porte un bandage à la main droite. Une enquêtrice l'interroge sur son école puis, au détour de questions anodines, sur sa rencontre avec son agresseur en marge de la braderie de Roubaix, la veille en début d'après-midi.

"Il a dit je vais donner des jouets, mais il a pas donné", se plaint Enis qui raconte le trajet à pied, en bus et en voiture, de son domicile au garage d'Evrard où il subira des attouchements et un viol présumé par pénétration digitale.

Puis il décrit le garage comme étant "une cave", encombrées de "chaises tout cassées". Là, "le méchant" "joue avec (son) zizi, longtemps". "Je lui dis dégage", puis il touche son "cul (...) avec sa main". Furtivement, il mime un mouvement de masturbation avec la main.

A 04h20, les enquêteurs décident d'interrompre l'entretien. L'enfant est épuisé et distrait.

A l'audience, parole est donnée à Francis Evrard, qu'on a vu sourire pendant la diffusion du film. "Ca m'a fait vraiment mal au coeur (...). J'ai même eu des larmes quand je l'ai vu tout à l'heure. Si j'ai eu un sourire, c'est à cause de ses réponses, parce qu'il est marrant". L'enfant avait décrit un matelas comme étant un lit "sans jambes".

Auparavant, la cour avait entendu le témoignage du père d’Enis, qui élève seul son fils unique depuis plusieurs années.

A la barre,Musfaca Kocakurt, 38 ans, en dépression et endetté depuis deux ans, décrit péniblement l'enfance de la victime, son "enlèvement" par sa mère, l'abandon par celle-ci du domicile conjugal, puis raconte le 15 août 2007. "Je suis revenu à la maison. Enis n'était pas là. J'ai compris tout de suite", dit-il.

A plusieurs reprises, il s'interrompt, étranglé de sanglots. Des jurés craquent et fondent en larmes. Puis il fait le récit de ces heures interminables passées à chercher "dans les buissons, les coins sombres, les chantiers", l'alerte-enlèvement déclenchée à 20h45 et l'annonce, peu après minuit, que son enfant a été retrouvé vivant.

Condamné à trois reprises depuis 1975 pour des attentats à la pudeur et des viols sur mineurs, Francis Evrard encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

> Le père d’Enis dénonce "les manipulations" d’Evrard