Le recul du chant de travail, "une perte de sens collectif"

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Le recul du chant de travail, "une perte de sens collectif"
La manifestation du 1er en 2004.@ REUTERS
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1ER MAI - Des usines aux "open space" en passant par les cortèges du 1er mai, le monde du travail a perdu progressivement son goût pour la chanson collective.

L’INFO. Elles sont toujours là, les sonos criardes des syndicats au milieu des cortèges de travailleurs du 1er mai. Mais si elles avaient pris l’habitude de diffuser des chansons emblématiques du monde ouvrier, elles les remplacent désormais progressivement par des tubes plus contemporains. Symboles d’un monde du travail dans lequel les tâches se faisaient en commun, les chants de travail tombent dans l’oubli.

Se motiver au travail. A l’origine, les chants de travail avaient un but simple : rythmer le travail. “Ils sont aussi vieux que les métiers eux-mêmes”, explique Bernard Vivier, le directeur de l’Institut Supérieur du Travail (IST) à Europe1.fr. “Certains remontent au Moyen-âge, comme Le chant des forgerons ou Le chant des scieurs de long. Le chant Briolage, par exemple, était le chant des bouviers, ceux qui conduisaient les boeufs. Il rythmait leurs gestes”, ajoute le spécialiste.

C’est d’ailleurs pour faire revivre ce répertoire de chants que l’IST a sorti une compilation il y a un peu moins d’un an. Sur l’album, on retrouve “Bella Ciao”, “Les Corons”, “Le poinçonneur des Lilas”, mais aussi des chansons moins connues et pourtant gorgées d’histoire comme “La gantière de Millau”. Cette dernière, écrite et composée par un ouvrier, était spécialement dédiée à ses collègues femmes employées à coudre les gants, emblématiques de ville de l’Aveyron.

Usine métallurgie

Open space et radio. Problème, depuis une cinquantaine d’années, la chanson collective sur le lieu de travail a quasiment disparu. “Aujourd’hui, à part un peu dans le bâtiment, on ne chante plus”, confirme Bernard Vivier. Principale explication à cet effacement : le changement sociologique du monde travail. En France, on travaille désormais très majoritairement dans les bureaux, et non plus dans les champs et les usines.

Autres raisons avancée par Bernard Vivier : “l’émergence du travail d’usine où le bruit empêche la chanson collective. Et si la démocratisation de l’open space et de la radio continuent à véhiculer la chanson, elle casse le concept de chant de travail.”

Perte du sens collectif. Conséquence directe de l’effacement de la coutume, on chante beaucoup moins désormais dans les manifestations, l’habitude est plutôt aux slogans. “Nous avons perdu le sens du collectif. L’effacement du chant dans le monde du travail et du syndicalisme sont l’expression conjuguée d’une perte du sens collectif”, analyse le spécialiste.

Pas totalement disparu. Il n’empêche, la chanson garde toujours une place forte au sein du monde de l’entreprise. Régulièrement, elle fait irruption dans l’actualité. Dernier évènement en date, “Ca peut plus durer”, la chanson de soutien aux salariés de PSA Aulnay écrite par le rappeur Kash Leone.



On se rappelle également de la présence de Bernard Lavilliers à Florange lorsque les syndicalistes menés par Edouard Martin tentaient de sauver leurs hauts-fourneaux. “Mimoun, fils de Harki”, du groupe Mickey 3D, fait également parti de ce renouveau de la chanson inspirée par le monde ouvrier.



Mickey 3D - Mimoun, fils de Harkipar Quarouble

“La chanson ne peut pas disparaître du monde du travail parce qu’elle est une expression du monde du travail. La chanson exprime la fierté et la souffrance au travail. Une complainte, une révolte, une fierté d’appartenance sont autant de sentiments qui peuvent s’exprimer sur le lieu de travail”, conclut Bernard Vivier.

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