Le juge Lambert, une vie marquée par l'affaire Grégory

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Il se rêvait journaliste, il est devenu magistrat. Son premier dossier, l'enquête sur la mort de Grégory Villemin, aura poursuivi le juge Lambert toute sa carrière et jusqu'à sa mort, mardi.

PORTRAIT

C'est un nouveau drame dans l'affaire Grégory. Jean-Michel Lambert, 65 ans, premier juge d'instruction de l'affaire et désigné comme l'un des responsables de son fiasco judiciaire, a été retrouvé mort à son domicile, mardi soir. Son corps a été découvert, allongé sur le canapé, un sac plastique noué sur la tête. Selon plusieurs sources, sa mort pourrait être consécutive à un suicide. C'est sa voisine qui a découvert le corps après un signalement de l'épouse du juge, qui n'avait plus de nouvelles depuis lundi.

Devenu juge un peu par hasard. Pour beaucoup, Jean-Michel Lambert restera "le petit juge", du surnom qui faisait la Une des journaux en 1984, au moment de l'affaire Grégory. Le "petit" juge, parce que le jeune homme n'a que 32 ans, et des traits encore juvéniles, derrière ses lunettes fumées. Lui qui rêvait d'être journaliste est devenu magistrat un peu par hasard et occupe son tout premier poste au tribunal d’Épinal, dans les Vosges. Il y est d'ailleurs le seul juge. "Je n'étais pas trop jeune, mais débordé. J'avais des centaines de dossiers à traiter. Au début, je n'ai pas pu accorder à cette affaire toute l'attention qu'elle méritait", soufflait-il dans un entretien à l'AFP, en 2014. 

L'enquête est médiatique et très vite, Jean-Michel Lambert rend publiques des informations sensibles. La presse, surexcitée, attend chaque déclaration du magistrat, devenu célèbre dans ses costumes gris trop larges. En février 1985, le "petit juge" libère Bernard Laroche, premier suspect de l'affaire, qui sera assassiné par le père de Grégory quelques semaines plus tard. En juillet, revirement spectaculaire, il inculpe la mère de l'enfant, Christine Villemin. Elle sera finalement innocentée par la justice.

Dessaisi de l'affaire en 1987. Critiqué pour sa gestion du dossier et sa maîtrise aléatoire de la procédure pénale - certaines de ses erreurs ont rendu caducs plusieurs éléments du dossier - le magistrat est finalement dessaisi de l'enquête en 1987 au profit du juge Simon et ne reviendra jamais à l'instruction. Il publie son premier ouvrage, "Le Petit Juge", et fait scandale en évoquant son "atonie sexuelle" pendant qu'il instruisait le dossier Grégory, le "charme étrange" de Christine Villemin, et les larmes qu'il a versées lorsqu'il l'a inculpée de l'assassinat de son fils.  

L'affaire a été éprouvante, le juge est "bouffé, meurtri", pense au suicide. "J'avais repéré l'endroit où ça se passerait. Je savais à quelle rampe de l'escalier du tribunal j'accrocherais la corde", confiera-t-il à Libération des années plus tard. Mais Lambert rencontre son épouse, et se construit une autre vie. Il écrit une dizaine de livres et poursuit sa carrière à Bourg-en-Bresse, puis au tribunal de grande instance du Mans. Mais toujours, l'affaire Grégory le poursuit. En 2014, son dernier livre, "De combien d'injustices suis-je coupable ?", sonne comme un mea culpa. 

L'attention "focalisée" sur lui. Sur Europe 1, il reconnaît alors s'estimer "en partie responsable de la mort de Bernard Laroche", avant de dénoncer le travail de l'ensemble des acteurs du dossier. "Je crois que dans cette affaire, tout le monde - enquêteurs, magistrats -, nous avons tous manqué de sérénité." "Focaliser l'attention sur ce seul juge Lambert a permis d'atténuer l'échec de l'institution judiciaire" dans son ensemble, abondait à la même époque Paul Prompt, ex-avocat de la famille Laroche, décédé en février 2017.

Ces dernières semaines, les projecteurs s'étaient de nouveau braqués sur "le petit juge" d'Epinal avec la diffusion d'images d'archives dans les médias, alors que l'affaire Grégory fait de nouveau la une, avec la mise en examen d'un grand-oncle et d'une grande-tante de Grégory ainsi que de Murielle Bolle, l'un des témoins-clé de l'affaire. Plusieurs journaux avaient alors tenté de joindre le "petit juge", en quête d'une réaction à ce rebondissement. "Plus tard, peut-être...", avait-il répondu aux Jours